Mardi 14 décembre 2 14 /12 /Déc 17:40

Françoise Dolto

23 septembre 2010

Présentation par Marie-Anne

(d’après Wikipédia et autres sources)

Françoise Dolto est une pédiatre et psychanalyste. Elle s'est consacrée à la psychanalyse de l'enfance dont elle est une des pionnières.

Et d’abord, sa biographie

Françoise Dolto est née le 6 novembre 1908 ; elle est issue d'une famille bourgeoise de conviction catholique et monarchiste du 16e arrondissement de Paris : sa mère Suzanne Demmler, de souche alsacienne, est fille de polytechnicien et son père Henri Marette est également ingénieur polytechnicien, devenu industriel. Quatrième enfant d'une fratrie de sept (elle est la sœur de Jacques Marette (1922–1984), ministre français des Postes de 1962 à 1967), elle est élevée de manière très traditionnelle.

Bébé, elle est confiée à une nourrice irlandaise qui s'occupe beaucoup d'elle. Les parents renvoient brutalement la nourrice en découvrant que, bien qu'elle s'occupât de l'enfant avec soin, elle se prostituait et s'approvisionnait en cocaïne y compris pendant ses heures de nourrice.[] Le bébé, alors âgé de huit mois, attrape une bronchopneumonie, dont elle guérit après que sa mère l'eût tenue contre elle vingt-quatre heures durant au plus fort de la maladie.

Très jeune, elle parle de devenir « médecin d'éducation » selon ses propres termes : « Un médecin qui sait que quand il y a des histoires dans l'éducation ça fait des maladies aux enfants, qui ne sont pas des vraies maladies, mais qui font vraiment de l'embêtement dans les familles et compliquent la vie des enfants qui pourrait être si tranquille ».

À l'âge de huit ans, elle perd son oncle et parrain (Pierre Demmler), qui meurt à la guerre de 14-18. Lui ayant assigné une place d'époux symbolique, comme peuvent le faire les enfants de cet âge, elle l'appelle « son fiancé » et en porte le deuil comme une veuve de guerre.

À douze ans, elle est profondément marquée par la mort de sa sœur Jacqueline, âgée de dix-huit ans, préférée de sa mère. Celle-ci tombe dans une grave dépression et en tient rigueur à Françoise, en l'accusant de ne pas avoir su prier assez fort pour sauver sa grande sœur. Elle lui avait dit, la veille de sa première communion, que les prières d'un enfant très pur pourraient la sauver. Françoise Dolto rapportera plus tard :

« J'ai vu ma mère souffrir au point qu'elle ne pouvait pas tolérer de voir un enfant handicapé dans la rue, j'étais à côté d'elle, comme ça, rétrécie de souffrance pour elle et pour l'enfant qu'elle injuriait (avec la mère de cet enfant qui poussait la voiture) « si c'est pas malheureux de voir ça vivre et des beaux enfants qui meurent, quelle honte! » (...) J'ai éprouvé comme ça des choses tellement douloureuses, avec une telle compassion pour les gens qui souffraient parce que je ne pouvais pas faire autrement[2] »

Pour sa mère, une fille n'a d'autre horizon que le mariage et, forte de ce principe, elle lui interdira de poursuivre des études. A seize ans, elle doit affronter la volonté de sa mère qui ne veut pas la laisser passer son baccalauréat, car elle ne serait plus mariable. Néanmoins, Françoise Marette réussira à devenir infirmière puis médecin, « en payant ses études avec l'argent qu'elle gagne »[].

En 1932[4], elle entreprend une psychanalyse qui durera trois ans avec le professeur René Laforgue, un pionnier de la psychanalyse en France. Celui-ci, lui trouvant des aptitudes, lui conseille de devenir elle-même psychanalyste, ce qu'elle refuse d'abord, voulant se consacrer à la médecine.

En 1939, sur les conseils de Laforgue et après avoir été en contrôle avec Nacht et Lagache, elle devient membre adhérente de la Société psychanalytique de Paris.

Elle assistera plus tard Sophie Morgenstern, la première à pratiquer la psychanalyse des jeunes enfants en France : elle lui confie la tâche d'écouter, et seulement écouter, les enfants qu'elle devait soigner. Ses patients seront surtout des enfants et des psychotiques. « À la veille de la guerre, elle jette les bases d'une méthode psychanalytique de thérapie d'enfants centrée sur l'écoute de l'inconscient et débarrassée du regard psychiatrique »[5].

En février 1942, elle épouse, Boris Ivanovitch Dolto, fondateur d'une nouvelle méthode de kinésithérapie en France, ainsi que d'une école de podologie : l'École française d'orthopédie et de massage. Ils s'intéressent tous deux aux rapports entre corps et psychisme ; leurs échanges seront très enrichissants. Ils ont trois enfants : Yvan-Chrysostome Dolto (19432008), devenu chanteur sous le nom de Carlos, Grégoire Dolto en 1943, devenu ingénieur, et Catherine Dolto en 1946, devenue pédiatre, passionnée d'haptonomie (la pratique de l'haptonomie consiste à créer des liens affectifs par l'intermédiaire du toucher. Elle est surtout pratiquée dans le cadre néo-natal , parfois aussi dans l'accompagnement de fin de vie des personnes âgées). Catherine Dolto a aussi écrit des livres pour les enfants et leurs parents.

Décédée le 25 août 1988, Françoise Dolto est inhumée au cimetière de Bourg-la-Reine dans le caveau familial, aux côtés de son mari Boris, puis de leur fils Carlos.

Quels sont les travaux et les principaux apports de Françoise Dolto ?

L'enfant comme sujet à part entière

La coutume lui prête volontiers la phrase « le bébé est une personne » (qu'elle n'est pas en fait la première à prononcer.[ D'après sa fille, Catherine Dolto, c'est en réalité le titre d'une série d'émissions consacrées aux bébés réalisée par un psychiatre, Tony Lainé et un journaliste, Daniel Karlin, diffusées en 1984]). Elle a défendu, tout au long de sa carrière, l'idée que l'enfant est un sujet à part entière et ceci, dès son plus jeune âge. De ce fait, elle souligne l'importance de la parole que l'adulte peut adresser à l'enfant sur ce qui le concerne, parole qui peut l'aider à construire sa pensée.

 

Son travail de psychanalyste a consisté à repousser les limites de l’intervention psychanalytique au premier jour de la vie de l’enfant, ses intuitions thérapeutiques, son travail pédagogique en direction des parents comme des professionnels, son combat en faveur de la « cause des enfants » font de Françoise Dolto un repère incontournable dans l’approche de la petite enfance.

Un des principaux apports de Françoise Dolto fut de reconnaître l’enfant, dès son plus jeune âge, comme sujet de lui-même, dans le droit-fil de la psychanalyse qui considère le patient comme le sujet de ses désirs inconscients. « Notre rôle de psychanalyste, disait-elle, n’est pas de désirer quelque chose pour quelqu’un mais d’être celui grâce auquel il peut advenir à son désir. »

Médecin, ayant mené une cure analytique, elle écoutait donc des sujets à part entière, considérant que les enfants de un an disposent, à leur manière, d’une pleine intelligence des choses. Ce faisant, elle les sortait de leur statut social d’infans, étymologiquement « celui qui n’a pas droit à la parole ». « C’est un scandale pour l’adulte, disait-elle, que l’être humain à l’état d’enfance soit son égal. »

Pour Freud, le rêve, mais aussi tout symptôme pathologique, est un langage à déchiffrer. Pour Françoise Dolto, l’être humain est un être de langage, avant même qu’il ne sache parler. Dans le ventre de sa mère, chez le fœtus, la fonction symbolique est déjà à l’œuvre. Cette certitude lui permit d’écouter et d’entendre ce qui « fait sens » par le corps du bébé.

 

A son grand étonnement, elle découvrit qu’une parole adressée à un nourrisson qui ne parle pas encore peut avoir des effets thérapeutiques. C’est pourquoi elle a toujours proposé aux parents de parler à l’enfant de tout ce qui le concerne, de « parler vrai », dès sa naissance. Car le pire pour un être humain est ce qui reste privé de sens : ce qui n’est pas passé dans le langage.

Pour Françoise Dolto, la conception est une rencontre à trois et pas seulement à deux : « Seul chaque enfant se donne vie par son désir de vivre. » Le fait que l’embryon vive et que la mère ne « fausse couche » pas atteste le fait qu’il y a désir partagé de vie. Dès sa conception, le fœtus est donc un être humain en devenir. Il est en communication inconsciente avec la mère. Les états émotionnels de celle-ci, comme les événements qui surviennent, marquent sa vie psychique. Une mère qui « oublie » qu’elle est enceinte peut accoucher d’un enfant qui se révélera psychotique.

 

Françoise Dolto décrit le développement de l’enfant comme une suite de « castrations » : ombilicale avec la naissance, orale avec le sevrage, anale avec la marche et l’apprentissage de la propreté. Chaque fois, l’enfant doit se séparer d’un monde pour s’ouvrir à un nouveau monde. Chacune de ces castrations est une sorte d’épreuve dont l’enfant sort grandi et humanisé. La responsabilité des parents est de l’aider à les franchir avec succès.

Avec la coupure du cordon ombilical, le bébé renonce à l’état fusionnel avec la mère et gagne le monde aérien. L’allaitement ou le biberon ne représentent pas que la satisfaction d’un besoin alimentaire, car le nourrisson est également un être de désirs, c’est un moment de corps à corps et de communication. C’est pourquoi « il faut castrer la langue du téton pour que l’enfant puisse parler », déclare Françoise Dolto. En renonçant au sein et au lait, le bébé renonce à nouveau à un état fusionnel avec sa mère. Avec la distance et la libération de la bouche, il acquiert la possibilité de parler. A cette époque, plus encore qu’à aucune autre, la mère doit apporter à l’enfant un bain de langage.

Avec la marche, l’enfant s’éloigne de sa mère pour découvrir l’espace. Encore faut-il qu’il ne soit pas bridé dans cette première autonomie. L’apprentissage de la propreté doit se faire lorsque l’enfant a acquis le contrôle musculaire suffisant, et non à un âge préétabli et sous la contrainte. A cette période, les parents commencent à poser des interdits pour sauvegarder l’enfant et lui enseigner la première loi : celle de ne pas nuire à autrui et de ne pas tuer. S’ils le font de façon sadique, c’est-à-dire seulement oppressive, ils n’apprennent pas à l’enfant à transformer ses impulsions agressives en désirs socialisés. Tout au long de la vie, ces impulsions seulement refoulées se déchargeront à la moindre occasion, avec une cruauté qui sera restée infantile.

 

La découverte de la différence des sexes représente une perte pour tout enfant : le garçon comprend qu’il ne portera pas d’enfant comme sa maman, et la fille qu’elle ne dispose pas de cet appendice qu’elle convoite dans un premier temps. C’est l’âge (environ trois ans) où l’enfant cherche à savoir « comment on fait les bébés ». Là encore la parole des parents est essentielle pour intégrer ce qu’est la sexualité, plaisir compris. L’enfant apprend que ses parents ont été eux-mêmes engendrés selon l’ordre des générations auquel tous les humains sont soumis, et qu’il appartient à une lignée.

C’est à cette époque que le père prend toute son importance avec la découverte de son rôle procréateur. Est-ce à dire que l’enfant vit jusque-là dans le matriarcat ? Pour Françoise Dolto, le père existe dès la procréation. Il existe d’abord par la mère : il est celui qui la mobilise et la détourne de l’enfant, lequel fait alors l’expérience douloureuse et nécessaire qu’il n’est pas tout pour elle. A trois ans, tout est en place pour que l’enfant aborde, bien ou mal, le fameux complexe d’Œdipe (Le complexe d'Œdipe est un concept central de la psychanalyse. Théorisé par Sigmund Freud, il est défini comme le désir inconscient d'entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (inceste) et celui d'éliminer le parent rival du même sexe (parricide). Ainsi, le fait qu'un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l'impératif du complexe d'Œdipe)[]. C’est ce qui permettra au garçon et à la fille de sortir du cercle familial et d’entrer dans la société.

Un exemple permet d'entrevoir la façon de travailler de celle à qui on reprochait souvent d'être trop intuitive et pas assez méthodique alors qu'elle prenait au sérieux la moindre phrase, le moindre mot, le plus petit dessin en cherchant à comprendre à chaque fois ce qu'il pouvait signifier pour son jeune patient. Dans le tome 2 du "Séminaire de psychanalyse d'enfant", Françoise Dolto relate cette anecdote :

"Il me revient aussi le souvenir d'un cas extraordinaire d'enfant mutique. C'était une petite fille de 3 ans ; elle s'occupait à un jeu tel que j'ai demandé à la mère si elle avait fait une fausse couche. Elle me répondit : "Oui, mais c'était avant la naissance de la petite". Elle avait alors subi un avortement sur le conseil d'un médecin. Ce n'était donc pas cela. Je dis à la mère : "Alors, ce serait quelque chose d'autre". Elle commençait à rire : "Ce serait trop drôle". Je lui dis : "Non, il ne s'agit pas d'une fausse couche que vous auriez faite avant sa naissance, mais de quelque chose qui s'est produit du vivant de l'enfant. - Oui, bien sûr, quand elle avait dix mois, j'ai été de nouveau enceinte. J'ai fait une IVG. Or cela fait maintenant 6 mois que nous voudrions avoir un autre enfant et je ne peux pas. Cela m'ennuie beaucoup, mais je me demande si ce serait raisonnable avec une enfant muette, une enfant qui sera un problème toute la vie".

Je la rassure : "Je ne crois pas qu'elle sera muette toute sa vie ; votre enfant est en train de dire avec son mutisme : vous ne m'avez pas expliqué, ni papa, ni toi, pourquoi tu avais un enfant dans le ventre et pourquoi il est parti."

A ce moment, la petite m'a regardée et elle a tiré son père : "Viens papa, cette dame est une emmerdeuse"; alors qu'elle n'avait jamais parlé..."

 

 

 

A propos de l’importance de la parole pour l’enfant, voici quelques extraits tirés du livre de F. Dolto : « Les étapes majeures de l’enfance » :

« Il est indispensable d’expliquer à un jeune enfant ce qui lui arrive et ce qu’on fait qui le concerne. On dira : « il ne comprend pas la moitié de ce qu’on lui dit ». Mais non, il comprend tout. Et, ce qu’il ne comprend pas au moment où on le lui dit, il le comprend au moment où il le vit.

Tous les mots nous sont dits avant qu’on en sache le sens.

On ne caresse pas un enfant comme on caresse un chien. La mère n’est pas une guenon qui frotte son petit. La mère doit parler à son enfant, lui dire qui il est, lui chanter des chansons. Cela donne une autre dimension aux caresses elles-mêmes.

Il semblerait que l’enfant saisisse le sens de ce qu’on lui dit à un âge qui précède de loin celui de l’acquisition du langage… et il le saisit dans toutes les langues, pas spécialement dans celle de ses parents mais dans la langue de ceux qui l’aiment et s’intéressent à lui.

Tout se passe comme si il y avait une compréhension directe dès lors qu’il sent le respect et la considération qu’on lui porte, en lui parlant comme à un égal. Il ne s’agit pas de lui parler comme à un bébé. Beaucoup de personnes parlent aux enfants comme à des animaux domestiques, avec le même ton.

Il faut dire à un enfant tout ce qui le concerne. Par exemple, la mère doit lui parler de ce qu’elle a ressenti à sa naissance. Elle doit pouvoir lui avouer : « Tu sais,  j’ai été très déçue que tu sois une fille ou que tu sois un garçon ». Et, immédiatement, les conséquences de cette déception sont effacées, parce que ça a été dit.

Pour Dolto, l'enfant peut être psychanalysé très tôt en tant qu'individu. Elle soutient sa thèse Psychanalyse et pédiatrie en 1939. Elle y explique le rôle de l'affect (qui désigne un ensemble de mécanismes psychologiques qui influencent le comportement ; on l'oppose souvent à l'intellect) comme support de l'intelligence et porteur de l'expression des troubles. Elle y explique que la connaissance de cette maturation psychique est indispensable à la pédiatrie. Cette thèse soulève de vives réactions : elle est soit dénigrée avec force, soit profondément respectée, comme par Jean Rostand qui après l'avoir lue veut la rencontrer et lui déclare qu'il n'a jamais rien lu d'aussi intéressant depuis Freud. C'est chez lui qu'elle fera connaissance de son futur mari.

 

 

 

 

Quelles sont les influences qu’elle a reçues et ses engagements ?

Durant sa carrière, elle a beaucoup travaillé avec Jacques Lacan. Dès 1938, elle lit les complexes familiaux et suivra ensuite son enseignement à Sainte-Anne. Les deux psychanalystes étaient amis et se vouaient une grande estime réciproque. Si Dolto disait parfois « ne pas comprendre ce qu'il écrivait », il lui rétorquait « qu'elle n'avait pas besoin de le comprendre puisque qu'elle l'appliquait dans sa pratique », ce qui était plus qu'une politesse, puisque Lacan lui adressait ses cas les plus difficiles.

Elle a eu une grande influence, en même temps que Simone de Beauvoir, sur l’émergence du féminisme politique et l’évolution des mouvements féministes. Ceux-ci, aujourd'hui encore, font souvent référence à elle. Selon Dolto, le complexe d'Œdipe de la fille lui fait développer des qualités féminines, qu'elle peut utiliser dans la réussite sociale.

En 1977, elle est l'une des signataires de la première des deux Pétitions françaises contre la majorité sexuelle qui appellent à l’abrogation de plusieurs articles de la loi sur la majorité sexuelle et la dépénalisation de toutes relations consenties entre adultes et mineurs de moins de quinze ans (la majorité sexuelle en France).

De religion catholique, elle a été la première psychanalyste à avoir fait une conférence à Rome, à Saint-Louis des Français, sur le thème : « Vie spirituelle et psychanalyse ».

La Société française de psychanalyse est fondée dans son appartement (qui se situe rue Saint Jacques comme l'était la Société psychanalytique de Paris). Jacques Lacan sera désigné comme président.

Cette société sera dissoute en 1964 au profit de deux autres. Françoise Dolto participe activement à la création de l’École freudienne de Paris, dans laquelle Lacan joue un rôle plus central.

 

La médiatisation de Françoise Dolto a beaucoup contribué à la faire connaître :

Quand on lui a demandé de faire une émission de radio, elle refusa d'abord, mais finit par accepter. Elle déclara par la suite que ce fut la décision la plus difficile à prendre de sa vie[10].

De 1967 à 1969  Françoise Dolto répond, en direct et anonymement, aux auditeurs adultes et enfants d'Europe N°1 sous le nom de « Docteur X ». L'émission de radio connaît un excellent taux d’écoute, mais elle ne souhaite pas poursuivre cette expérience au-delà de 1969, n’appréciant guère le côté décousu de l’émission (interruptions publicitaires, etc…).

En 1976 elle accepte à nouveau une émission sur France Inter intitulée « Lorsque l'enfant paraît », à condition d’y répondre aux lettres des auditeurs, ce qui lui permet d’aller beaucoup plus en profondeur. C’est un immense succès, qui sera à l’origine de sa notoriété auprès du grand public français.

En 1977, devenue célèbre et entourée de disciples, Françoise Dolto est sollicitée par Gérard Sévérin, éditorialiste au journal la Vie, pour s'exprimer sur la religion. Elle propose alors une lecture dite « psychanalytique » des Évangiles qui la conduit à donner une signification spiritualiste à la question du désir. Par l'incarnation et la résurrection, par la crucifixion qui le faisait sortir d'un « placenta » et d'un monde utérin pour accéder à la vie éternelle, le Christ devient, selon elle, la métaphore même du désir guidant l'homme, de la naissance à la mort, vers une grande quête de son identité.

En 1978, à 70 ans, ce succès médiatique l’incite à prendre sa retraite de psychanalyste. Sa notoriété gêne la nature de son travail d'une manière incompatible avec son exigence éthique. Désormais, elle va se consacrer essentiellement à la prévention et à la formation : publications, conférences, émissions de radio ou de télévision.

 

La Maison Verte

En 1979 elle crée la Maison Verte à Paris avec cinq psychanalystes et éducateurs. C'est un lieu d'accueil et d'écoute pour les parents accompagnés de leurs jeunes enfants qui sont accueillis de la naissance à 3-4 ans. Le concept fait florès (près de dix mille enfants et parents y passent chaque année) et se développe dans différentes villes de France, avant d'essaimer à l'étranger et en France, sous d'autres noms (Maison Ouverte à Bruxelles, Maisonnée à Strasbourg) puisque "La Maison verte" et Françoise Dolto ont refusé de "franchiser" leur création.

Françoise Dolto souhaitait faire de la "Maison Verte" « un lieu de rencontre et de loisirs pour les tout-petits avec leurs parents. Pour une vie sociale dès la naissance, pour les parents parfois très isolés devant les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent avec leurs enfants. Ni une crèche ni une halte-garderie, ni un centre de soins, mais une maison où mères et pères, grands-parents, nourrices, promeneuses sont accueillis... et leurs petits y rencontrent des amis. »[12]]

Trois principes soutiennent l'accueil de l'enfant :

- la présence des parents ou d'un accompagnant avec l'enfant,

- l'anonymat, seul le prénom de l'enfant est demandé et inscrit,

- la participation financière demandée aux parents, qui est laissée à leur appréciation.

 

Ce projet, auquel elle sera très attachée jusqu'à la fin de sa vie, perdure aujourd'hui. Chaque "Maison verte" est autonome, organisée en association loi 1901 et souvent financée par des fonds publics (DDASS, PMI, caisses d'Allocations familiales, communes, régions, etc.).

 

 

 

 

 

Que faut-il penser aujourd’hui de l’héritage de Françoise Dolto ?

 

En 2008, le centenaire de Françoise Dolto a relancé la polémique sur son héritage. Les uns l'accusent d'avoir engendré le phénomène de «l'enfant roi», les autres la remercient d'avoir mis fin au «dressage» des petits.

Depuis quelques années, des voix s’élèvent en effet pour écorner l’icône. Les méthodes de Dolto seraient à l’origine de la crise d’autorité parentale. « Tout fout le camp », s’écrient les nostalgiques du bon vieux temps. Et « mamie Dolto » n’y serait pas étrangère. De l’avènement de l’enfant-roi à la démission parentale, elle aurait contribué au délitement de l’autorité familiale par ses prises de position trop permissives. Alors, vingt ans après sa mort, faut-il jeter Dolto avec l’eau du bain ? La pédiatre aurait-elle, à elle seule, mis en péril l’autorité dans la famille ? N’est-ce pas lui faire endosser une grande responsabilité que l’accuser d’être à l’origine du mal-être des parents d’aujourd’hui ? Ne faudrait-il pas plutôt réexpliciter avec pédagogie ses enseignements qui, à force de vulgarisation, ont fini par être mal interprétés ? De tout cela, les professionnels de l’enfance n’ont pas fini de débattre.

A la tête des pourfendeurs de Françoise Dolto, le psychothérapeute Didier Pleux vient de sortir un livre, « Génération Dolto » (éd. Odile Jacob), dans lequel il remet en cause avec vigueur les conseils « dépassés, bien souvent inadaptés, voire toxiques » de la pédiatre. « Dans le concert de louanges qui va accompagner le centenaire de sa naissance, je veux faire entendre une voix dissidente, explique le psychologue, initiateur du “Livre noir de la psychanalyse” qui fit couler beaucoup d’encre à sa sortie en 2005. Selon moi, le mode d’emploi éducatif édicté par Françoise Dolto n’est pas bon. Je conteste l’interprétation psychanalytique de l’éducation de l’enfant : avec Dolto, la résolution du complexe d’Oedipe est plus importante que l’interdit parental réel. Avec ce genre d’hypothèse, beaucoup de parents ne savent plus comment s’y prendre avec leurs enfants. Ils n’osent plus se montrer exigeants, ils ont peur d’être conflictuels avec eux. L’autorité, quand elle est utilisée, devient source de doute et de culpabilité. »

Questionner l’héritage de Françoise Dolto, c’est déterrer la hache de guerre entre partisans d’une approche psychanalytique de l’enfance et défenseurs des thérapies cognitives et comportementales (TCC), dont Didier Pleux est un ardent militant. Ces dernières visent à résoudre des problèmes spécifiques en travaillant sur des changements de comportements, contrairement à l’analyse freudienne qui s’appuie sur l’histoire du sujet et son inconscient.

Depuis la parution du « Livre noir de la psychanalyse » en 2005, les deux « écoles » se vouent une haine féroce. Les partisans des TCC, contestent l’efficacité du travail analytique et dénoncent « ces gardiens du temple, soucieux de leur position dominante à l’université, à l’hôpital et dans les médias ». Les autres, héritiers de Freud et de Lacan, accusant les TCC d’être « accordées à la montée en puissance des pratiques de contrôle social du début du XXIe siècle ».

 

La trêve n’est pas pour demain. Cependant, de nombreux professionnels de l’enfance la défendent avec beaucoup d’énergie :

D’après Claude Halmos, pour Françoise Dolto, l'écoute des tout-petits et de leurs souffrances n'est pas synonyme de laxisme. Le moment où la société a commencé à prendre en compte le psychisme des enfants est très récent : en France, la première chaire de psychiatrie infantile date de 1925. Auparavant, on considérait l'enfant comme un « pas encore fini ».

On peut reprendre les arguments à partir des grands principes de la pensée de Françoise Dolto :

 

  • «L'enfant est un sujet à part entière»
    Françoise Dolto a voulu mettre fin à l'idée selon laquelle le bébé n'était qu'«un tube digestif», sans conscience, ni inconscient. Pour elle, c’est «un sujet à part entière», comme l'adulte.

    Cette affirmation est encore mal interprétée aujourd'hui,
    comme l'indique Claude Halmos: «Les parents se disent : si je considère que mon enfant est un être à part entière dont la parole a une valeur, de quel droit puis-je lui interdire tel ou tel acte?», constate la psychanalyste. Avant de corriger: «Dolto, pourtant, le disait elle-même: tous les désirs sont légitimes, tous ne sont pas réalisables. C'est le fond de son enseignement.»

    Et de résumer: selon elle, l'enfant est «un être en construction, mais qui ne peut pas se développer correctement sans l'éducation des adultes - donc sans leur autorité».

 

  • Autre découverte de Françoise Dolto : «L'enfant est un être de langage»
    Pour elle, la parole est au cœur de l'éducation, et ce, dès la conception. Elle parlait au foetus encore dans le ventre de sa mère, puis au nourrisson. «Le bébé comprend tout, mais nous ne savons pas comment il comprend»,
    expliquait-elle.

    La parole de l'adulte peut ainsi faire office d'«objet transitionnel»,
    se substituant au doudou. Mieux vaut fonder son autorité sur la force d’une parole plutôt que sur des règles disciplinaires, disait-elle.

 

  • «Les parents doivent continuer à vivre leur vie d’adulte»

    Françoise Dolto invite les parents à ne pas faire de l’enfant l’être central de la famille. «Si des parents renoncent à leur propre trajectoire pour consacrer leur vie à leur enfant, ils l’encombrent. Au lieu de lui dégager la voie»,
    commente Daniel Olivier, psychanalyste et président de l'association «Françoise Dolto, ici et maintenant».

    La psychanalyste insistait notamment sur l'importance du rôle du père dès les premiers jours. À travers lui, l'enfant comprend qu'il n'est pas tout pour sa mère, ce qui évite la fusion avec elle.

 

  • «L’adolescence = le complexe du homard»

    C’est une formule inventée par François Dolto pour représenter la crise d’adolescence. «L’enfant se défait de sa carapace, soudain étroite, pour en acquérir une autre. Entre les deux, il est vulnérable, agressif ou replié sur lui-même». Mais «ce qui va apparaître est le produit de ce qui a été semé chez l’enfant»,
    avertit Dolto. Donc pas de panique, c’est que l’évolution va se faire de l’ado vers l’adulte.

 

  • «Il ne faut pas mentir aux enfants»
     
    Même si les parents doivent garder une vie privée et ne pas tout dire, il ne faut pas mentir aux enfants sur leur origine et leur sexualité,
    disait Dolto. Elle proposait aux parents de parler à l’enfant de tout ce qui le concerne, de «parler vrai», dès sa naissance, par exemple dans le cas d'une adoption.

 

  • «L'enfant a le droit de refuser d'aller voir son analyste»
     
    Dans le cadre de la psychothérapie, Françoise Dolto considérait que l'enfant avait autant de droits que l'adulte,
    notamment celui de refuser d'aller voir son analyste. Autre innovation de la psychanalyste: le paiement symbolique. De même que l'adulte paye sa consultation, elle demandait un paiement à l'enfant: un timbre, un caillou, un dessin. Non pas au nom de la pédagogie, mais pour le renvoyer à son désir réel de venir à la séance.

 

"Elle a apporté la fin du dressage pour aller vers l'éducation"

Que répondre à ceux qui accusent Dolto d’avoir fait le lit de la permissivité et du laxisme ? se demande Daniel Olivier, psychanalyste et président de l’association « Françoise Dolto, ici et maintenant ». Qu’ils n’ont rien compris à Dolto. La permissivité, c’est une négation du sens, alors que tout chez elle est une recherche de sens. Ce qu’elle a essentiellement apporté, c’est la fin du dressage pour aller vers l’éducation. Elle a énormément travaillé à ce passage-là, et il comprend un cadre, des règles et des interdits, dont le tout premier est l’inceste. Pour Dolto, le rôle des parents est fondamental. C’est à eux que revient la responsabilité de soutenir et de promouvoir des règles, en commençant par les respecter. Elle voit l’enfant comme un sujet en devenir. Mais c’est toujours l’adulte qui pose la loi, qu’il s’agisse des interdits fondamentaux ou de ceux du quotidien. Simplement, Dolto oppose l’autorité parentale à la toute puissance parentale. Ce n’est pas parce qu’on est parents qu’on est immédiatement légitimes. C’est la différence entre l’autorité et l’autoritaire. Et Dolto a promu l’autorité.

Il y a eu un avant et un après Dolto. De la maternité à la crèche ou la maternelle, elle a entraîné avec elle les métiers de la petite enfance. On ne s’adresse plus aux enfants comme avant. Ce qu’elle avançait il y a cinquante ans, et qui paraissait alors scandaleux ou absurde, est passé dans les mœurs. Si elle n’a pas souhaité faire école, son enseignement s’est pourtant diffusé auprès de tous les soignants et éducateurs de la petite enfance, notamment grâce au travail de pédagogie auquel elle se consacra personnellement à la fin de sa vie.

 Résumé de la discussion (Anne)

 

La discussion commence avec Michel qui rappelle que,lors de ses études de pédiatrie (dans les années 60), le bébé était toujours considéré comme un tube digestif, alors que la thèse de F.Dolto sur la prise en considération de l'enfant en tant que personne entière avait été soutenue en 1939. Il est évident que la médiatisation de F.Dolto n'existait pas encore à cette époque.

 

Paul s'étonne que dans l'exposé du travail de F.Dolto, il ne soit pas fait mention de la douleur chez l'enfant. Pas de réponse aux questions :

-         Pourquoi les enfants pleurent ?

-         Existe-t-il des enfants qui pleurent plus que d'autres et pourquoi ?

-         Y a-t-il un langage des pleurs chez l'enfant ?

Toutes ces questions semblent sans réponse chez F.Dolto.

 

Suit une longue discussion à propos de l'autorité parentale et des explications données à un enfant à propos de son comportement. Il a été reproché à F.Dolto d'avoir contribué à créer l'enfant-roi. En réalité, elle montre qu'il faut discuter avec un enfant, lui parler « vrai », lui faire comprendre toutes les situations. Au-dessus de tout cela « règne » l'autorité parentale. Mais les explications n'ont-elles pas de limites ? Un enfant ne peut-il pas résister à toutes les explications et faire ce qu'il veut ? (de nombreux exemples sont cités)

 

Dans l'étude de F.Dolto, il semble que la première règle à apprendre à un enfant soit de ne pas nuire aux autres. N'est-ce point en réalité : ne pas se nuire à soi-même ? Il faut lui apprendre le danger qu'il court en s'approchant d'une flamme, en descendant des marches...

 

Suit la contestation de certains points évoqués dans l'exposé :

-         Premier point: une femme qui oublie qu'elle est enceinte risque d'avoir un enfant psychotique ; n'est-ce pas un peu rapide ? et le refus de grossesse alors ?

-         Deuxième : dès sa conception l'enfant est en devenir : le droit alors à l'avortement ?

-         Troisième : l'enfant comprend toutes les langues ;  n'est-ce pas plutôt tous les langages ? 

 

La fin de la discussion tourne autour de l'opposition entre le dressage (trop d'autorité parentale, contestée par F.Dolto) et le début d'une éducation chez un enfant considéré comme un homme à part entière.

On évoque pour les mêmes raisons les différents types d'école qui veulent que les enfants découvrent eux-mêmes les  règles de leur comportement.

 

Par Le cercle des chamailleurs - Publié dans : cercledeschamailleurs
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