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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 19:48

CERCLE DES CHAMAILLEURS

Mardi 13 mars 2018

 

LES CROIX DE BOIS (PAUL)

 

Anne ayant choisi A l’Ouest rien de nouveau, livre écrit par un Allemand (1929) et film réalisé par un Étasunien (1930), il était intéressant de prendre Les Croix de bois, livre (1919) et film (1932) d’auteurs français. Livres et films sur la guerre de 14-18 et contre la guerre.

 

Le livre, Les Croix de bois, est donc paru en 1919, tout de suite après la guerre : écrit par Roland Dorgelès, réformé deux fois pour raison de santé mais engagé volontaire en 1914 grâce à l'appui de Clémenceau. Le film, adapté du livre, est sorti en France en 1932. Il a été réalisé avec des acteurs, notamment Pierre Blanchar (Gilbert Demachy), Charles Vanel (caporal Breval), Aimos (Fouillard), Jean Galland (capitaine Cruchet), et des figurants ayant participé à la guerre. Il a été tourné sur les champs de bataille de Champagne avec l’appui de l’Armée française.

 

Dans le livre, Roland Dorgelès retrace la vie au front d’un groupe de soldats que viennent de rejoindre, en renfort, trois nouveaux. De ces trois, il ne sera question que de Gilbert Demachy, étudiant en droit, engagé comme Roland Dorgelès et du même milieu social. Celui-ci s’intègre peu à peu au groupe malgré les différences d’éducation, de classe, de fortune...
L’expérience de ces hommes qui subissent une guerre implacable, sur laquelle ils ne peuvent rien, à laquelle ils doivent s’adapter, en fait un livre contre la guerre, non pour des raisons philosophiques, politiques ou autres mais par la seule description de la vie impossible des soldats.
Un livre de mort et de vie. Un livre d'espoir.

 

La force des Croix, c’est le récit de la vie quotidienne au front qui broie les hommes. Un monde clos, auquel nul ne peut échapper, sans lien avec l’extérieur, en dehors de la nourriture, des babilles (les lettres), irrégulières, des décisions incompréhensibles des stratèges allemands ou français qui ne sont connues que par leurs conséquences : une patrouille à faire, une attaque pour reprendre un village en ruines, dans une course folle face aux tirs de mitrailleuses, l’attente de la relève ou de la mort, sur le mont Calvaire, cette terre morte où (les torpilles) ne pouvaient plus rien arracher que des lambeaux d’hommes et des cailloux, et pour lequel tant de copains avaient déjà perdu leur vie. Tandis que les coups de pioches des Allemands annoncent qu’ils sont en train de mettre en place une mine qui va tout faire sauter.

 

Roland Dorgelès, dans un journal des événements, reconstitué mais détaillé, sans date, passe d’une journée à l’autre, d’une situation à l’autre, d’un événement à l’autre, sans transition : de la marche difficile à la routine de la vie dans la tranchée, dans la boue, au repos dans le gourbi où s’échafaudent des rêves impossibles, de la relève sous la canonnade, au calme de l’arrière, dans le village animé avec ses commerces, ses bistrots. D’une attente à l’autre : la soupe, les lettres, la relève, l’attaque, sous la pluie ou les bombes. La mort.

 

Il devine les pensées de chacun, de Gilbert Demachy, probablement très proches des siennes, notamment à propos de ces pauvres hommes que, vivants, il n’avait pas toujours aimés, parce qu’ils étaient parfois grossiers, le geste et l’esprit lourds.
Rapporte leurs rêves, leur espoir malgré une résignation obligée. Cet espoir qui est entretenu par les moments de bonheur. Il a fallu la guerre pour nous apprendre que nous étions heureux… Le bonheur est partout. C’est le gourbi où il ne pleut pas… la litière sale où l’on se couche… Un pavé, rien qu’un pavé, où se poser dans un ruisseau de boue, c’est encore du bonheur. Mais il faut avoir traversé la boue pour le savoir. Quand la guerre est finie, pour cinq jours..., loin de la tranchée, loin de la ligne de front quand, au repos, on se retrouve avec les copains survivants. A délirer sur ce qu’on donnerait pour revenir au pays : un œil, une jambe…
Décrit des lieux sinistres : tout le long de la berge, des croix de bois, grêles et nues, faites de planches ou de branches croisées regardaient l’eau couler…. Avec les crues, les croix devaient s’en aller, au fil de l’eau grise… Mais aussi la ferme, la grande salle, tout embaumée de soupe… où il retrouve sa chaise, son bol, ses sabots, son petit flacon d’encre… retrouver ces choses à soi, ces riens amis qu’on aurait pu ne jamais revoir.

Des situations insupportables : Tous dans le boyau… Sans regarder, on y sauta. En touchant du pied ce fond mou... C’était un entassement infâme, une exhumation monstrueuse de Bavarois cireux sur d’autres déjà noirs, dont les bouches tordues exhalaient une haleine pourrie ; tout un amas de chairs déchiquetées, avec des cadavres qu’on eut dit dévissés, les pieds et les genoux complètement retournés… on éprouvait comme une crainte religieuse à marcher sur ces cadavres, à écraser du pied ces figures d’hommes...

 

Le tout dans une belle langue, au riche vocabulaire, que, quelquefois, on n’ose qualifier de poétique. Au sortir de cette guerre, meurtrière, malgré tout, ce livre est une œuvre d’espérance, de volonté de vivre, de petits bonheurs dont on n’a conscience que quand on a vécu le pire.

 

A ce récit subjectif, intimiste, le film de Raymond Bernard apporte une représentation de la guerre, plus extérieure, plus désespérée, par l’apparente objectivité des images dominées par la mort.

 

La flamme du soldat inconnu. Première image du film, pendant le générique - sera aussi la dernière. Suivie de celle d'un bataillon présentant les armes, chaque soldat recouvert, dans un fondu enchaîné, par une croix blanche puis un double champ de croix blanches sur une musique cérémonielle, champ de croix noires (soldats allemands), croix blanches et noires et une importante croix blanche – in memoriam. Le film en mémoire de ceux qui sont tombés.
Et, au milieu des images qui rappellent l’enthousiasme des débuts de guerre, engagement des volontaires, départs en train, fleuris et chantants, une affiche de mobilisation sur fond de son de cloches avec apparition d’un portrait de mère.

 

La guerre : des champs dévastés, peuplés de cadavres, de squelettes d’arbres, de trous de bombes où se terrent les soldats, des attaques allemandes ou françaises de biffins qui ne sont que de la chair à mitrailleuses ; long plan sur de visage du caporal Bréval, mourant désespéré, torturé jusqu’au dernier souffle par les infidélités de sa femme ; dernière séquence du film, longue agonie de Demarchy qui n’a jamais rien demandé d’autre que de garder l‘espoir jusqu’à la fin… qui bouge, qui chantonne pour survivre, v'là le beau temps…

 

Mais la force principale, spécifique, du film est l’utilisation du son : le bruit de cette guerre, de ce canon qui tonne en permanence, lointain ou tout proche, seulement inquiétant ou meurtrier. Qui s’arrête un instant : instant de bonheur. Qui reprend aussitôt. Qui se rapproche. Qui enlève des vies. Au hasard. Sans autre moyen de défense que la tranchée, le gourbi ou le trou de bombe dans lequel on s’enfonce quand c’est possible. Attente. Hasard.
 

Raymond Bernard a utilisé la technique nouvelle du film sonore pour submerger le spectateur de la force meurtrière de la technique guerrière : crépitement des mitrailleuses, françaises ou allemandes décimant les hommes qui courent dans un assaut impossible ; tonnerre de l’artillerie lourde qui détruit tout, explose la terre de mille trous, pétrifie les arbres et tue les hommes ; affrontement d’artillerie, infernal, qui va durer dix jours, quinze minutes de cinéma, entrecoupées de cartons - dix jours – cartons qui, dans les films muets, encore majoritaires à l’époque, donnaient la parole aux hommes et, ici, enfoncent dans la tête du spectateur la durée de l’enfer.

 

Le spectateur est emprisonné entre les images, fondus enchaînés du début du film, croix sur le bataillon de jeunes destinés au massacre et celles de la fin, cohortes de soldats portant leur croix blanche, française, ou noire, allemande. Délire de couronnes tombant devant Demachy agonisant. Seule la mort est victorieuse. Terrible substitution de son quand Demachy prie la Vierge de lui permettre de survivre ou, au moins, de conserver l’espoir de vivre, toujours, maintenant, à l’heure de la mort. La voix sombre des fidèles dans l’église terminant, à sa place : ainsi soit-il.
 

Livre et film ne sont pas antimilitaristes, ne sont pas contre les militaires : il y a de bons et de mauvais officiers ou sous-officiers, de bons et de mauvais soldats. Ils sont contre la guerre.
Quant aux civils, il en est peu question. Les villageois profitent de la situation. L'auteur dit une fois qu’il n’aime pas les villageois probablement par mépris de classe. Les parents de Demachy à qui Sulphart en permission, a essayé de parler du front, ne comprennent pas. Ils sont loin, dans un autre monde. Innocent. Ils ne peuvent comprendre...

Même les soldats, dans leurs petits moments de bonheur ou dans la tourmente, au cœur de la tuerie, sont aussi froids devant la mort de l’autre – le corps de copains utilisés pour faire un parapet, les morts pas plus tragiques que les caillouxComme l’homme est dur, malgré ses cris de pitié, comme la douleur des autres lui semble légère, quand la sienne n’y est pas mêlée !

Le plus dur, pour celui qui va mourir – Bréval, Demachy - c’est la pensée de la femme infidèle, insouciante... Pour celui qui en revient, vivant - Sulphart – la femme envolée avec les meubles, sans un mot, sans une lettre...

 

Le livre et le film finissent différemment. Dans le film, Demachy, murmure en mourant, v'là le beau temps, cruel et dérisoire… Dans le livre, Sulphart, avec deux doigts et deux côtes en moins, abandonné par sa femme, est vivant, survivant peut-être mais vivant, avec des souvenirs.

Pour l'auteur, finissant son livre, c'était quand même le bon temps. Puisqu’ils étaient vivants. Puisqu'au milieu de toute cette souffrance, ils pouvaient rire. Et rire encore, aujourd’hui, avec quelques remords.

 

Dans A l’Ouest, rien de nouveau, pendant germanique des Croix de bois, entre livre et film, se retrouvent des différences comparables : les livres sont plus centrés sur les conditions des soldats. Livres et films sont contre la guerre. Mais le livre et le film, A l’Ouest, sont plus politiques que les Croix, à la fois contre ceux qui déclenchent les guerres et ceux qui en profitent, contre les militaires et leurs complices, instituteurs stratèges en classe ou au bistrot.

Roland Dorgelès ne dit rien de la cause de la guerre qui, engagé volontaire, doit lui paraître plus ou moins légitime. A laquelle il adhère, malgré tout, à plusieurs reprises : le volontariat répété de Gilbert Demachy, en quelque sorte son double, j’ai senti qu’il serait mon ami ; quand, à l’église, entendant Sauvez, sauvez la France... combien sommes nous, les yeux fermés, le front dans les mains, que ce cantique émeut à nous serrer la gorge ! Au moment de l’attaque, toutes les sapes, toutes les tranchées étaient pleines, et de se sentir ainsi pressés, reins à reins, par centaines, par milliers, on éprouvait une confiance brutale. Hardi ou résigné, on n’était plus qu’un grain dans cette masse humaine. L’armée, ce matin-là, avait une âme de victoire ; au moment du défilé de la victoire, conquête d’un village en ruines, musique en tête, le général s’était levé sur ses étriers et, d’un grand geste de théâtre, d’un beau geste de son épée nue, il salua notre drapeau, il Nous salua… Le régiment, soudain, ne fut plus qu’un être unique. Une seule fierté : être ceux qu’on salue ! Fiers de notre boue, fiers de notre peine, fiers de nos morts !… notre orgueil de mâles vainqueurs. Qui l’amène cependant à conclure qu’il y aura toujours des guerres.

Le film ne montre jamais une telle fierté : le cantique patriotique Sauvez la France !, lors de la messe, est remplacé par l’Ave Maria ; lors de la revue victorieuse, même si la musique du régiment redonne de la prestance au défilé des hommes qui se redressent, l’image du général sur son cheval, un tantinet bedonnant, montré en contre-plongée n’est pas celle d’un guerrier triomphant à la tête de ses troupes...

 

Les Croix de bois, livre et film, sont plus centrés sur le front que A l’Ouest rien de nouveau : pas de classes à la caserne, pas de permission, pas de camp de prisonnier, pas d’aventures féminines, pas ou peu de parents… Le livre a été écrit à chaud. Dans l’euphorie trompeuse d’une hécatombe victorieuse, même si livre et film s’achèvent avant l’armistice. Le film a été réalisé treize ans plus tard. L’euphorie de la victoire s’est estompée. Des signes inquiétants sont déjà apparus. C’est le moment ou paraît A l’Ouest rien de nouveau, dans une Allemagne, vaincue mais bouillonnante (fondation du parti nazi en 1920 et tentative de coup d’État à Munich en 1923). L'antimilitarisme est alors, plus que jamais, d'actualité. Ce que ne pouvaient supporter les Nazis qui brûlent le livre. Erich Maria Remarque s'exile.

 

PS : A la suite de l'article publié dans Agoravox, un lecteur signalait parmi les livres sur la guerre de 14-18, de très très loin, le plus fantastique et hallucinant : Orages d’acier d’Ernst Jünger. Et citait André Gide « Le livre d’Ernst Jünger, Orages d’acier, est incontestablement le plus beau livre de guerre que j’aie lu. »

 

Gide parle du « plus beau livre de guerre ». C'est un journal qui couvre toute la guerre : la première partie ressemble à un rapport d'activité. C’est quand la guerre devient une guerre de mouvement que le livre devient intéressant.
Car c’est un livre de guerre, un livre de guerrier, un livre héroïque, un livre de nationaliste : tout le monde est très bien, les soldats, les officiers, l’arrière... Il y a bien quelques allusions à la nourriture, aux erreurs de tir...
Et le courage personnel de l'auteur en fait un des soldats les plus décorés de l’armée allemande.

C’est bien différent des livres A l’ouest, rien de nouveau ou Les Croix de bois. Orages d'acier a connu plusieurs versions, l'édition française de 1970 contient plusieurs erreurs d’orthographe, d’impression... qui peut faire douter de la qualité de la traduction. En tout cas, en l’état, elle est loin de la qualité littéraire de Dorgelès.

 

 

 

1 - Les Croix de bois de Roland Dorgelès, Albin Michel, 1919, film réalisé par Raymond Bernard (1932)

En 1932, le cinéma sonore ou parlant n’existe que depuis quelques années, Le chanteur de jazz de Alan Crosland est sorti en 1927, 20 salles sont sonorisées en 1929 et moins de 50 % des salles (un millier) en France sont équipées pour la projection de ces nouveaux films en 1932.

 

2 - Im Westen nichts Neues (À l'Ouest, rien de nouveau) roman d'Erich Maria Remarque, Librairie Stock, 1929, film All Quiet on the Western Front réalisé par Lewis Milestone, (1930).

 

3 – orages d'acier de Ernst Jünger, Christian Bourgois éditeur, 1970.

 

 

Discussion (Anne) :

 

C’est le dernier exposé fait sur le thème de la guerre de 14-18 à partir d’un livre et du film qui lui correspond.

 

Comme dans l’exposé, nous revenons sur la comparaison avec un livre (et un film) écrit par un Allemand, Erich Maria Remarque : «  A l’ouest rien de nouveau » : de grandes différences sont soulignées ; dans « Les croix de bois » », on ne sort pas de la guerre comme dans le livre précédent.

On y reste, dans les tranchées, dans le danger, par exemple, des mines posées par l’ennemi. Il n’y a pas d’évasion avec les permissions des soldats, les visites de la famille.

E.M.Remarque insiste beaucoup plus que Dorgelès sur la jeunesse perdue des soldats dans ce conflit.

Les deux livres montrent, par contre, l’absence de réaction lorsqu’un copain meurt. Il faut survivre et oublier très vite ce qui vient de se passer.

Juste quelques moments de respiration, de poésie dans « Les croix de bois » : les chants de départ au combat « En revenant de Montmartre…..Voilà l’beau temps », l’Ave Maria chanté par un Français dans une église, le chant d’un soldat allemand qui monte la garde dans une tranchée.

 

Si l’on compare avec un film plus récent sur la guerre comme « Il faut sauver le soldat Ryan » de Spielberg, il semble que la violence ait encore progressé ; de même si l’on regarde les actualités télévisées avec la guerre en Syrie.

 

Dans le livre et le film le rôle des femmes semble négatif : Bréval, un des principaux personnages se rend compte que sa femme va le quitter ; l’amie de Demachy lui parle de bals et fêtes alors que, lui, risque de mourir d’un moment à l’autre. On fait alors allusion à un livre de Paul Huet se déroulant au Havre : « Les émeutiers » où l’on montre, au début, les femmes qui remplacent, lors de la guerre, les hommes dans les durs travaux sur le port. Le livre montre ensuite les difficiles retrouvailles hommes-femmes, ces dernières ayant pris une certaine autonomie.

 

Autres remarques :

Le vocabulaire militaire du livre est parfois difficile.

Certaines images du film comme le canon qui se dresse, font penser aux films réalistes soviétiques.

On critique les généraux qui sont loin du conflit.

Comment la poste pouvait-elle fonctionner ?

 

Le livre et le film ne se terminent pas de la même façon : pour certains, le livre est optimiste : on a vécu des moments très durs pendant et après le conflit mais tout est fini, bien ou mal, mais on est vivant. Dans le film, par contre, Demachy meurt abandonné sur le champ de bataille.

 

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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 18:10

CERCLE DES CHAMAILLEURS

    Mardi 17 octobre 2017

      UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES

 

Présentation par Yvonne :

 

Le résumé du roman : UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES

Sébastien Japrisot 1989-1991

 

Ils étaient 5 soldats français condamnés à mort par le Conseil de Guerre pour s’être automutilés.

Ces 5 soldats qu’on a jetés dans la neige de Picardie, un soir de janvier 1917, devant la tranchée ennemie pour qu’on les tue.

Toute une nuit et out un jour, ils ont tenté de survivre. Le plus jeune était un bleuet et s’appelait Manech. Il n’avait pas 20 ans.

Après la guerre, Mathilde, qui aime Manech d’un amour à l’épreuve de tout, va se battre pour le retrouver, mort ou vivant. Elle sacrifiera ses jours et malgré le temps, malgré les mensonges, elle ira jusqu’au bout de l’espoir insensé qui la porte.

Couronné par le prix Interallié en 1991, un long dimanche de fiançailles est l’un des romans les plus bouleversants écrits sur la 1ère guerre mondiale. La fidélité et le deuil d’un amour infini.

La perte d’identité est au coeur du roman de Sébastien Japrisot.

Août 1919, Mathilde reçoit une lettre d’un homme qui est à l’hôpital. Il veut la voir, son nom Espéranza. Il a connu Manech en 1917. Il détient la liste qui désigne les 5 condamnés à mort par le Conseil de Guerre, pour s’être automutilés pour échapper à leur devoir de patriote.

Ils seront jetés dans la neige de Picardie, devant les troupes allemandes pour être tués.

- Kléber Bouquet, menuisier, Paris classe 1900

- Francis Gaignard, soudeur, Seine, 1905

- Benoît Notre-Dame, cultivateur, Dordogne 1906

- Ange Bassignan, Bouches du Rhône 1910

- Jean Etchevery, marin pêcheur, Landes 1917

 

Au bas de cette feuille : samedi 6 janvier 22 heures. 1917 Urbain Chardolot – Benjamin Gordes. Caporal.

- Bordel de merde, Espéranza, vous ne pouviez pas larguer ces pauvres types !

 

C’était à Bingo- Crépuscule. On va retrouver le nom de ce lieu-dit souvent dans le roman et le film.

Mathilde fait des recherches sur Bingo-Crépuscule : c’est l’appellation d’une tranchée allemande, occupée par des soldats français en octobre 1916.

Espéranza a aussi des copies de lettres des soldats à leur famille.

L’endurance est nécessaire pour survivre dans les tranchées ; les blessures, la boue, la saleté, les poux, les rats, le manque de nourriture.

Mathilde recueille patiemment les paroles et les écrits des soldats qui ont connu Manech ; elle cherche à reconstituer un moment impossible à reconstruire. S’il était mort, je le saurai.

Après l’armistice, Mathilde a entrepris des demandes pour épouser son fiancé disparu. Il y a des obstacles à son projet : l’âge surtout, apparemment Manech était assez grand pour se faire tuer, pas pour se marier.

Au vu du certificat médical qui atteste l’irréparable, son père maudissant le salaud, sa mère disait, je n’y crois pas, Mathilde ne sait pas de quoi elle parle.

Tina Lombardi dans le roman n’a pas un grand rôle par rapport au film. Elle dit avoir été heureuse avec Nino à Marseille. On l’appelé –la tueuse d’officiers- c’est vrai, elle a tué Le Thouvenel qui avait tué son Nino parce qu’il voulait se rendre. Dans le film elle sera guillotinée.

Les derniers survivants de cette guerre vont disparaître.

C’est l’héritage par la transmission que les grands-parents ressuscitent dans le roman

- Quel est votre personnage historique favori ?

- Japrisot répondait en 1986 : le soldat inconnu sous l’arc de Triomphe

La mort fait des ravages dans les champs de batailles, tuant des hommes au hasard ; deux d’entre eux vont pourtant en réchapper : Benoît Notre-Dame volera l’identité du caporal Gordes et Manech prend celle de Jean Desrochelles.

En voyant la plaque matricule qu’il portait en bracelet j’ai mis la sienne à mon poignet, j’ai trouvé le cops du soldat qui accompagnant Gordes, j’ai vu le bleuet et ce que j’ai fait, c’est lui retirer sa plaque, j’ai pris le bracelet du soldat et fait l’échange.

Oublier sa propre identité pour se reconstruire, pour oublier son passé pour accepter de revivre.

- Je ne pleurerai jamais plus. Mon nom est maintenant Benjamin Gorges dit Benoît.

 

Le bleuet est mort à Bingo-Crépuscule, un dimanche de janvier. Si vous devez revoir le bleuet, qu’il ait perdu le souvenir des mauvais jours, ne le lui rappelez pas ; il est maintenant Jean Desrochelles.

Quand Mathilde est à 20 pas de Manech, il peint. Il pose son pinceau, la 1ère phrase qu’elle entend :

- Tu peux pas marcher ?

 

Avec le roman de Japrisot, on sait qu’il y avait de la neige en janvier dans les Flandres ; que le général Byng a existé. Sébastien Japrisot parle beaucoup de la trottinette de Mathilde ; elle était tombée à 3 ans et depuis elle n’a pas plus marché. C’est à Cap Breton que Mathilde rencontre Manech, elle a 10 ans, lui 13.

Sylvain et Bénédicte s’occupent de Mathilde dans la villa de ses parents.

Japrisot dit que le personnage principal d’un long dimanche de fiançailles n’est pas Mathilde mais le temps.

A l’intention de ceux qui trouveraient la tombe, il est écrit :

Cinq soldats français

Ici reposent

Morts leurs souliers aux pieds

A la poursuite du vent

Le nom du lieu

Où se fanent les roses

Il y a longtemps

 

Le film : UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES

Un film Franco-américain, réalisé par Jean-Pierre Jeunet et le scénariste Guillaume Laurant en 2004 est l’adaptation du roman de S. Japrisot.

Le film reçoit 5 césars ; dont celui de la meilleure actrice dans le second rôle : Marion Cotillard.

Dans les tranchées de la Somme, pendant la 1ère guerre mondiale, 5 soldats sont accusés de s’être automutilés pour échapper à leur devoir.

Condamnés à mort par une cour martiale, ils sont conduits jusqu’à un avant-poste Bingo-Crépuscule et abandonnés à leur sort dans cette zone entre 2 camps, français, allemand. Ils sont apparemment tous tués. Parmi les 5, Manech le fiancé de l’héroïne du film, une jeune romantique, Mathilde qui ne croit pas à la mort de son amoureux.

S’il était mort, elle le saurait. Forte de cette intuition elle mène son enquête et recueille peu à peu les indices qui vont l’amener à découvrir ce qui s’est passé ce jour-là à Bingo-Crépuscule.

Mathilde rencontre un détective privé, monsieur Pire qui l’aide dans ces recherches.

Le chemin est plein d’embûches qui ne vont pas effrayer Mathilde, tout lui parait surmontable à qui veut défier la fatalité.

Une épopée historique, brillante, majestueuse.

Certaines scènes du film ont été tournées à Meudon. Le village breton de Locroman et le jardin du presbytère.

La résidence de Mathilde à Plougresant. Certaines scènes parisiennes dans le IXe arrondissement de Paris. Les scènes de tranchées tournées près de Mont Morillon (Vienne) sur un terrain militaire.

La majorité des acteurs sont français et l’ensemble des scènes tournées en France.

En raison de la forte participation de la société américaine Warna-Bors, aux frais de la production a fait perdre le droit à une future subvention du centre cinématographique français, un des plus coûteux qui n’aient jamais été produit.

Le conseil d’état a finalement décidé que le film était américain et pas de double nationalité. 45 millions d’euros, c’est le film français le plus coûteux. Il est réputé pour ses somptueux mouvements d’appareil qui restituent de vraies prouesses techniques.

- César de la meilleure actrice, second rôle : Marion Cotillard

- César du meilleur espoir : Gaspard Ulliel

- César de la photo : Bruno Delbonnel

- Costume : Madeleine Fontaine

- Décors : Aline Bonetto

Après plus d’un an de documentation pour la construction du roman, Japrisot a mis 4 jours pour l’écrire.

Après le succès à la fois romanesque et cinématographique, S. Japrisot se met à écrire pour le cinéma :

- L’été meurtrier,

- adieu l’ami,

- le passager de la pluie,

- la passion des femmes

Il est décédé le 04 mars 2003 à l’âge de 71 ans.

CR discussion par Olga :

Après la présentation par Yvonne du roman puis du film qui en est tiré, Michel ouvre la discussion : il a beaucoup aimé et le film et le roman. Le film est fidèle au roman, il est "bien rendu", si selon la présentation d'Yvonne, la perte d'identité est au coeur du roman, pour lui il est plutôt centré sur la quête de Mathilde. Michel relève quelques différences entre le roman et le film : pourquoi dans le film Mathilde est-elle déclarée atteinte de polio ? Le roman se déroule dans les Landes, le film en Bretagne, dans le film Mathilde marche beaucoup, dans le roman elle est en chaise roulante, dans le roman elle se fait construire une maison dans les Landes auprès de son arbre, dans le film la mère de Jean Desrochelle meurt, pas dans le roman, dans le roman Mathilde est artiste peintre, dans le film elle est musicienne.

Marie-Anne au retenu les atrocités de la guerre, tant décrites que filmées. Elle souligne également la constance hors du commun de l'héroïne.

Paul revient sur la notion de perte d'identité, qu'il n'avait pas vue mais qui constate-t-il est vraiment le centre du film, "c'est le film", dans la guerre les gens perdent leur identité, ils deviennent des monstres, ils perdent l'identité de ce qu'ils étaient avant, ils deviennent autres (exemple du paysan de la Dordogne que l'on va chercher chez lui pour l'enrôler, on lui "casse" sa vie). Dans le film ce changement s'accompagne par des différences de couleurs. Les scènes de guerre sont grises, noires, sépia  (à noter le moment où le soldat allume une cigarette et la lumière de la flamme jaune du briquet), les scènes tournées dans la "vraie vie" sont en couleur avec de magnifiques jaunes.

Anne qui a moins aimé que le groupe et le roman et le film, regrette que le réalisateur ait donné à Manech cet air un "peu benêt" pendant toute la durée du film.

Paul, en dehors des différences anecdotiques soulignées par Michel, pense que le film est très fidèle au roman, exemple, la première séquence du film : plongée de la caméra sur la tranchée  (à souligner l'image du Christ en croix, abandonné des hommes), puis l'image du corps du cheval accroché a un arbre, la présentation des hommes par leur numéro de matricule, les mouvements de caméra autour du phare.

Le parallèle avec le film "A l'ouest rien de nouveau" est net : la scène où les hommes qui montent au front voient creuser des tombes, les bottes qui changent de propriétaires, la présence des rats, dans chaque histoire il y a un débrouillard qui se charges de trouver de la nourriture, des hiérarchiques intraitables ...

 Deux héros positifs parmi les cinq condamnés : le menuisier de la Bastille et l’ouvrier pour qui la condamnation est un acte politique. Deux scènes remarquables : celle du conseil de guerre ou l'on entend simultanément la voix de la narratrice et les paroles des militaires qui disent la même chose, où l'on voit l'ombre des condamnés avec entre chaque ombre, la présence d'un militaire, et la belle scène d'amour pleine de force et de retenue entre le menuisier et Élodie.

Dans le livre (qu'elle a préféré au film), Olga a aimé que le récit se construise autour des lettres échangées entre les différents protagonistes de l'histoire. A travers l'échange de courriers, chaque expéditeur témoigne avec son vécu et son langage de sa participation dans l'histoire et permet à Mathilde d'arriver au bout de sa recherche.

 

 

 

 

 

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 16:56

CERCLE DES CHAMAILLEURS

 

Mardi 19 septembre 2017

 

Présentation par Anne :

 

Un livre - Un film « A l’ouest rien de nouveau » livre d’Erich Maria Remarque (paru en 1929).

Même titre pour l’adaptation tirée du roman : film américain de Lewis Milestone (sorti en 1930).

 

Parallélisme dans les critiques : le livre qui a pour cadre la première guerre mondiale, est vanté lors de sa parution par S.Zweig : « une œuvre d’art parfaite » autant que par un critique actuel (l’équivalent de Pivot en Allemagne), Marcel Reini-Ranicki : « livre parfait, clair et simple, dramatique et concret, émouvant et bouleversant »

Le film a eu 2 oscars, meilleur film et meilleur réalisateur. Vu l’année de sa sortie, il sera interdit en Allemagne et Goebbels poursuivra l’auteur du livre qui devra s’enfuir en Suisse.

 

Erich Maria Remarque, né en Allemagne à Osnabrück en 1898 - mort en Suisse en 1970 ; famille modeste (père relieur); études dans séminaire catholique, examens, puis mobilisé en 1917 et non volontaire comme le narrateur d’A l’ouest rien de nouveau, Paul Bäumer. 1917 est une année particulièrement dramatique pour lui : il est blessé et fait un long séjour en hôpital ; cette blessure à la main droite fait envoler ses rêves de devenir musicien ; sa mère meurt le 9.9.1917 et, un peu plus tard, un de ses conseillers, grand ami de son père. Il se rend compte aussi qu’il est incapable d’être professeur après avoir essayé de faire ce métier. En 1922, il change son véritable nom Erich Paul Remark en Erich Maria Remarque, soit par hommage à sa mère Maria, soit en hommage à Rainer Maria Rilke.

 

Dès 1917, à l’hôpital de Duisbourg, il écrit à propos de la guerre avec des thèmes et des personnages proches d’A l’ouest… comme Jürgen Tamen que l’on retrouvera dans un autre livre de Remarque : « L’ennemi ». Il fera 3 versions manuscrites d’A l’ouest… puis une version, tapée à la machine, qu’un premier éditeur refusera en disant que la guerre n’intéresse personne. La version imprimée sera prise en 1928 pour être publiée la même année. En même temps, Remarque exercera le métier de journaliste publicitaire, puis sportif. L’arrivée du nazisme en Allemagne le persécutera, puis l’obligera à s’exiler en Suisse puis aux États-Unis. Ses livres seront brûlés en autodafé.
On peut aussi signaler que, lors de son exil, il aura une vie assez « agitée », étant l’époux de Paulette Godard (voir Chaplin) et entrant ainsi dans des « familles » d’acteurs  comme celles de Marlène Dietrich ou Greta Garbo…

 

Mais revenons à l’œuvre qui l’a fait connaître mondialement : «  A l’ouest rien de nouveau ».

L’édition est précédée d’une sorte d’avertissement de l’auteur : « Ce livre n’est pas une accusation ni une profession de foi ; il essaie seulement de dire ce qu’a été une génération brisée par la guerre, même quand elle a échappé à ses obus ». Ce ton de l’avertissement se retrouve partout, que ce soit dans le livre lui-même (dès la fin du premier chapitre, Remarque écrit : « Quant à la jeunesse ! Tout cela est fini depuis longtemps. Nous sommes de vieilles gens » pour des volontaires de 19 ans) ou chez les éditeurs ou critiques de Remarque. Après la guerre, Remarque a souffert de dépression et, dans ses déclarations, on retrouve le même thème : « Nous ne nous adapterons plus au monde ».

 

Le livre comprend 12 chapitres. Dès le premier, « Nous sommes à neuf kilomètres en  arrière du front », l’auteur nous présente les personnages : les jeunes volontaires poussés par un professeur, Kantorek, à s’engager et d’autres, plus âgés, ayant déjà un métier et parfois femme et enfants. Ils reviennent d’un combat où l’ensemble de leur compagnie a subi de nombreuses pertes et attendent leur repas. La plupart des thèmes du livre se retrouve là : la mort, qu’ils essaient de dominer avec cynisme (les rations de nourriture seront plus importantes grâce aux disparus), la vie commune pour laquelle il faut oublier toute honte, toute gêne (épisode des feuillées), l’amitié entre les anciens camarades de classe et les nouveaux de la compagnie, le désespoir devant les blessures et les pertes de camarades (histoire des bottes de Kemmerich qu’on a amputé d’une jambe et qui va mourir), la prise de conscience de l’absurdité de la situation et la condamnation de Kantorek qui les a poussés à s’engager. Le narrateur, Paul Bäumer, représente Remarque. Ses camarades de classe sont Leer, Müller, Kropp (Kemmerich meurt au début du livre). Ils forment un groupe très soudé avec Tjaden, serrurier, Haie Westhus, ouvrier tourbier, Detering, paysan et Stanislas Katcinsky, souvent appelé Kat, plus âgés que les précédents. La coupure avec la vie antérieure, que ce soit l’école ou un métier, est très souvent soulignée. Himmelstoss que certains connaissaient comme facteur dans la vie civile, devient en peu de temps un de leurs chefs à l’autorité stupide, auquel ils se mesureront souvent.
La guerre les transforme tous, en particulier sur le front où, après un moment d’exaltation, la peur les domine (jusqu’à la crise nerveuse des nouveaux) et ils se replient vers la terre qui peut les protéger. « Terre...c’est toi qui nous as donné le puissant contre-courant de la vie sauvée… nous avons fouillé tes entrailles et, dans le bonheur muet et angoissé d’avoir survécu à cette minute, nous t’avons mordue à pleines lèvres… »

 Le thème de la faim accompagne de nombreux chapitres et le personnage de Kat repérant tout ce qui est mangeable (histoire de l’oie, du porcelet) permet d’oublier un peu l’invasion des rats qui s’attaquent au moindre morceau de pain du soldat.

Le chapitre 4 est particulièrement dur car, au soldat gravement blessé, qui hurle sa douleur et dont on se demande s’il ne vaudrait pas mieux l’achever, s’ajoutent les cris des chevaux blessés. Pour Detering, paysan dans la vie civile, la guerre est d’autant plus grave que les animaux sont touchés.

 

La guerre efface toute humanité, tout sentiment de solidarité : « c’est à peine si nous nous reconnaissons lorsque l’image d’autrui tombe dans notre regard de bête traquée. Nous sommes des morts insensibles qui, par un stratagème et un ensorcellement dangereux, sont encore capables de courir et de tuer. « Lorsqu’un jeune Français semble vouloir se rendre, un coup de pelle lui fend en deux le visage ; un autre s ‘enfuit et une baïonnette lui entre en sifflant dans le dos… Plusieurs passages ont la même teneur. Comme c’est dit auparavant, le monde antérieur est révolu et ils ont des difficultés à imaginer leur retour dans la vie active sauf l’ouvrier tourbier qui a eu une vie si dure qu’il dit qu’il rempilerait dans l’armée.
Paul Bäumer et Kropp découvrent une vieille affiche de théâtre avec une jeune fille et sont bouleversés par son apparence, son habillement ; ils déchirent la partie de l’affiche où elle  était photographiée avec un jeune homme bien habillé. Mais ils ne peuvent se comparer à lui et, petite détente dans le récit, ils vont se faire épouiller ! Le thème de la sexualité apparaît aussi lors de la rencontre de trois jeunes françaises qui cherchent avant tout à manger : les  soldats risqueront leur vie (aller du côté interdit de la rivière, la traverser de nuit à la nage) et ce sera pour eux une belle aventure mais sans illusions sur ces jeunes femmes.

La permission de Paul, le narrateur, va aussi lui permettre de se retrouver dans le monde antérieur. La rencontre des habitants de sa petite ville est un désastre : tous voudraient le voir enthousiaste, disant que l’Allemagne va gagner la guerre, que la vie sur le front n’est pas dure. Il n’arrive pas à se retrouver bien dans sa chambre…
En allant faire viser sa permission, il a une altercation avec un officier stupide qui veut lui rappeler l’autorité militaire. Son père voudrait aussi qu’il lui raconte des récits optimistes. Son ancien professeur d’allemand l’emmène dans un café où se réunissent des habitués qui répondent pour lui et s’exaltent (on peut penser à une scène semblable dans « Franz », le film de F.Ozon) : « Il faut rosser le Franzmann », puis « Tous nos vœux ! Il faut espérer que bientôt nous entendrons parler de vous d’une façon magnifique ». Il essaie en vain de s’habituer à nouveau à une vie de civil, avec ses livres en particulier « Parlez-moi, accueillez-moi, reprends-moi, ô vie d’autrefois, toi insouciante et belle ; reprends-moi » et le chapitre se termine par : « Je n’aurais jamais dû venir en permission »

 

S’ajoutent à cela des passages très durs sur les tranchées ; les attaques au gaz où il est absolument nécessaire de se mettre un masque sous peine de brûler ses poumons (les nouvelles recrues sont particulièrement exposées au danger) ; une scène très dure confronte dans une sorte de cratère Paul et un soldat français. Paul le blesse mais le soldat ne meurt pas tout de suite ; il lui parle et lui promet même d’aller voir sa famille. Il est bouleversé par la nuit passée auprès du cadavre (on retrouve le même thème dans « Franz », film déjà cité) mais semble oublier très vite dès qu’il retrouve ses camarades survivants.

La désertion est aussi un thème abordé avec Detering, le fermier attaché à la nature, aux animaux. Il va, malgré le danger, chercher des branches de cerisier en fleurs, puis disparaît et est arrêté.

 

A la fin du roman, tous attendent la fin de la guerre. Paul voit mourir tous ses camarades et n’arrive pas à croire qu’il retrouvera sa vie antérieure (p.302 303 ). La fin du livre est vraiment désespérée.

 

Le film « A l’ouest rien de nouveau » Lewis Milestone (Lev Milstein né en 1895 en Moldavie dans une famille juive, émigre aux États-Unis en 1913, est naturalisé américain en 1919, meurt à Los Angeles en 1980) est à la fois producteur, réalisateur, scénariste et acteur de cinéma.

 

Le film (131mn) sort en 1930, peu de temps donc après le livre. C’est une très fidèle adaptation du livre ; depuis sa sortie, il est considéré comme le très grand film pacifiste américain (classé premier dans les films de guerre préférés). Il a eu beaucoup de succès et, en Allemagne, sa sortie a été accompagnée de nombreuses oppositions nazies (Goebbels assistait à l’avant-première et aux incidents qu’elle a déclenchés) .L’Allemagne a demandé des coupures dans le film, pour toutes les versions, même étrangères. Et le film a fini par être interdit et l’auteur qui l’avait inspiré a dû s’enfuir en Suisse. Il faudra attendre 1950 pour pouvoir le revoir en Allemagne.

 

Le film suit de très près le livre ; seul, l’ordre des chapitres n’est pas absolument le même. Le film s’ouvre sur un long discours qui accompagne le défilé de troupes de soldats allemands. En même temps, un professeur fait son cours avec les fenêtres ouvertes et se met à exhorter ses élèves à s’engager dans l’armée. Il s’exalte et les élèves semblant d’abord un peu passifs, se proclament volontaires dans une sorte de délire. Leurs visages apparaissent d’ailleurs déformés comme dans le cinéma réaliste ou le cinéma soviétique. On se retrouve ensuite, comme dans le livre, sur le front, avec les personnages et les thèmes du livre. Le film, en noir et blanc, joue sur des effets de lumière, rendus vraisemblables lors de bombardements, de départs de fusées.

 

Parmi les différences avec le livre, le personnage de Kat est plus mis en valeur dans le film, peut-être parce qu’il permet au spectateur (avec sa boulimie, ses idées de repas) de rire un peu. Par contre, est-ce par pruderie, le cinéaste a supprimé la scène de la visite de la femme d’un soldat. Le camp russe que Paul découvre avant de revenir sur le front, a aussi disparu (raisons politiques ?).

La scène de la fin, la mort de Paul qui veut attraper un papillon, n’est pas non plus dans le livre. Elle est très poétique et se justifie par le fait que les papillons jouaient un rôle dans sa vie, même si c’était une collection d’insectes fixés sur un tableau.

 

Le ton du film est semblable à celui du livre : que de morts inutiles ! Contre qui, pourquoi se bat on ? La scène des 2 soldats ennemis dans le cratère est en cela remarquable : par peur on tue, puis on essaie de savoir qui était le mort, on veut rencontrer sa famille… après une longue scène de désespoir, la guerre reprend et l’on veut oublier ce qui s’est passé.

 

Je viens de revoir le film : en dehors de ce qui est dit auparavant, il me semble que le film permet de mieux réaliser ce que cette guerre a été ; plus que par le livre on vit les situations très dures dans lesquelles vivent les soldats. Tous, à part celui qui travaille dans les tourbières, voudraient revenir dans la vie antérieure et savent que, s’ils survivent, ils ne pourront jamais oublier ce qu’ils ont vécu.

Ils se sentent seuls et ne peuvent communiquer leur angoisse, leur peur, à aucun de leurs parents. Ce n’est que sur le front, à la guerre qu’ils parlent à leurs camarades. (On peut penser aux difficultés qu’ont eues les soldats français lors de la guerre avec l’Algérie pour témoigner de ce qu’ils avaient vécu).

 

 

Discussion (Michel) :

 

Parmi les éléments soulignés pendant la discussion qui a suivi la présentation très complète du livre et du film par Anne, on peut citer :

  • Le caractère absurde de la première guerre mondiale et, en particulier, les stratégies adoptées par les responsables militaires, aussi bien du côté allemand que du côté français.
  • L’âge très jeunes de nombreuses recrues, 16 voire 14 ans pour les plus jeunes.
  • L’importance de la nourriture et de sa recherche constante par les soldats.
  • Le nombre relativement faible des « fusillés pour l’exemple » du côté allemand (estimé à 48) par rapport au côté français (600 à 650).
  • Un certain parallèle a été fait entre la guerre de 14-18 et la guerre d’Algérie, en particulier par les difficultés des acteurs à témoigner de leur vécu du conflit. De nombreuses différences existent cependant entre ces 2 guerres :
  • le nombre de morts : pour la guerre de 14-18 : 9,7 millions de morts, pour la guerre d’Algérie : 25000 morts parmi les militaires français et 250000 du côté algérien, ces derniers chiffres étant cependant discutés et ils ne tiennent pas compte du nombre de « harkis » (pas d’équivalents pour 14-18) tués après le cessez-le-feu.
  • Le caractère mondial de la guerre de 14-18 en raison du grand nombre de nations impliquées contrairement à la guerre d’Algérie.
  • La raison d’être de ces guerres : guerre de libération pour l’Algérie et le plus souvent perçue comme inutile ou sans but précis par les soldats de la guerre de 14-18.
  • La nature des sentiments entre les soldats : amitié ou simple camaraderie ? Très variable selon les personnes impliquées, de même que la solidarité entre eux. « C’était mon copain » dit l’un, non « c’est un cadavre » dit un autre.
  • On retrouve ici l’idée de la « banalité du mal » dans cette guerre, (cf Hannah Arendt à propos d’Eichmann).
  • On relève aussi l’absence remarquable de haine vis-à-vis des ennemis.
  • Les noms de plusieurs soldats ne sont pas d’origine allemande comme, par exemple Kat (diminutif de Katcinsky) probablement d’origine polonaise, très apprécié de ses camarades, ne faisant l’objet d’aucune discrimination.
  • Anne, dans sa présentation, estime que « le film suit de très près le livre », ce qui ne semble pas être l’avis de tous.
  • Enfin, quelqu’un estime que le livre n’est pas équilibré en raison de la taille très différente des chapitres.

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 17:46

CERCLE DES CHAMAILLEURS

Mardi 14 mars 2017

Film : « UNE JOURNEE PARTICULIERE »

Présentation par Marie-Anne :

Film réalisé par Ettore Scola en Italie en 1977

Le producteur est Carlo Ponti, mari de Sofia Loren.

Le film a été présenté en compétition officielle au festival de Cannes 1977 (nominé mais non primé à la Palme d’or), et a eu le César et le Golden Globe du Meilleur film étranger en 1978.

Les principaux acteurs sont Sophia Loren dans le rôle d’Antonietta et Marcello Mastroianni dans le rôle de Gabriele. A noter également Alessandra Mussolini (nièce de Sophia Loren et petite fille du Duce) dans le rôle de Maria Luisa, la fille aînée d’Antonietta.

La journée particulière qui fait le titre du film peut être considérée comme « particulière » à un double titre : d’abord car cette journée, le 8 mai 1938, est une journée historique où Hitler vient signer à Rome l’axe Rome-Berlin et d’autre part en raison de la rencontre très improbable entre Antonietta, mère de famille fasciste, traditionnaliste et sans culture et Gabriele, un intellectuel homosexuel et anti-fasciste.

Ettore Scola a choisi des acteurs pour incarner des personnages à l’opposé de ce qu’ils symbolisent : Sophia Loren, symbole du glamour des actrices italiennes de la grande époque est transformée en mère au foyer banale et Marstroianni, symbole du latin lover, est converti en homosexuel.

Le film commence par l’arrivée à Rome de Hitler en train, accueilli à la gare de Rome par Mussolini et le Roi-Empereur Victor-Emmanuel III. Cette première partie est constituée d’images d’archives.

Après le réveil des enfants et du mari par Antonietta qui s’affaire pour préparer les habits des uns et des autres et qui se fait continuellement engueuler par son mari, caricature du machiste italien, on voit les habitants de l’immeuble vêtus de l’uniforme fasciste noir, se précipiter vers la Via des Forums Impériaux pour assister au grand défilé qui doit permettre au Duce d’étaler toute la puissance guerrière de l’Italie devant le Führer. Ne restent dans l’immeuble que la concierge, Antonietta et Gabriele.

L’action se passe dans un immeuble construit selon les critères de l’architecture fasciste pour les fonctionnaires. Tout était fait pour que les gens puissent s’espionner. La caméra évolue sans cesse dans ce décor ; elle montre par exemple les drapeaux nazis et fascistes et remonte la façade de l’immeuble pour filmer Antonietta à travers la fenêtre puis la suivant s’affairant aux tâches ménagères. C’est sur le toit-terrasse que les deux protagonistes parviendront à s’échapper pour vivre un instant de liberté, au milieu des draps blancs.

Une journée particulière n’est pas seulement un film sur le fascisme mais sur la mentalité fasciste. Ettore Scola, évoquant le film dit : « Certes, le fascisme historique est mort en tant que régime, mais le fascisme psychologique quotidien, le fascisme qui impose la norme et condamne celui qui es différent, n’est pas mort » ou, comme dit Gabriele : « On se soumet toujours à la mentalité des autres… »

Le personnage de la concierge symbolise l’emprise totale du fascisme : elle sait tout, contrôle le passage de chacun, cherche à voir à l’intérieur de l’appartement d’Antonietta.

Ettore Scola, qui a lui-même vécu cette journée en tant que « ballila » (membre d’une organisation de jeunesse fasciste), a utilisé des extraits radiophoniques authentiques. C’est la voix de Guido Notari, speaker officiel du régime, transmise par la radio de la concierge et qui emplie l’espace pratiquement tout au long du film et décrit avec beaucoup d’emphase, les évènements qui se déroulent sur la voie des Forums impériaux. Un des critiques du film estime que la voix de Notari peut être considérée comme le troisième personnage du film.

Au départ, a déclaré Ettore Scola, le film ne devait pas se dérouler en 1938 : « Avec mon scénariste, nous voulions traiter des gens qui étaient pointés du doigt, oubliés, mis de côté. L’idée était de prendre une journée pendant un grand match de foot et de raconter la relation entre une femme et un homosexuel. » Il a également dit que les problèmes dont on parle dans le film existent encore et que l’intolérance est toujours là. « Si je devais écrire le scénario aujourd’hui, je remplacerais l’homosexuel par un étranger. »

A propos d’Antonietta, c’est une mère au foyer, complètement dévouée à sa famille. Elle correspond parfaitement au modèle de la mère prôné par le fascisme. Elle ne remet jamais en cause ce système. Elle tient un album d’images à la gloire du régime (on peut y lire : « le génie est essentiellement masculin »). Elle a composé un portrait de Mussolini avec des boutons et s’est évanouie le jour où le Duce est passé à côté d’elle à cheval. Ce jour-là, elle s’est aperçue qu’elle était enceinte…Ô divin Mussolini ! Elle a 6 enfants et en fera un septième pour avoir le prix des familles nombreuses. A la fin du film, au retour du défilé, le mari d’Antonietta lui annonce d’ailleurs que, pour fêter cette journée historique, ils fabriqueront un septième enfant qu’ils appelleront Adolphe !

Antonietta avoue à Gabriele que, dans sa vie, elle se sent humiliée et « qu’elle n’est rien. » Elle lui raconte aussi qu’elle sait que son mari est infidèle, qu’il fréquente les maisons closes où, dit-elle, « il y est plus connu qu’à son travail ». Une fois, elle a aussi trouvé une lettre écrite par une certaine Laura, « une femme instruite » dit-elle, capable d’écrire une belle lettre d’amour, ce qu’elle se sent totalement incapable de faire.

A propos de Gabriele, quand Antonietta vient sonner à sa porte pour lui demander de l’aider à récupérer son perroquet, on le voit très déprimé et prêt au suicide (le pistolet) alors qu’il a été écarté de son emploi de speaker à la radio, en partie pour des raisons politiques mais surtout parce qu’on le soupçonnait d’être homosexuel. On a demandé à Ettore Scola si le fascisme traitait tous les homosexuels comme le personnage de Mastroianni dans le film. Sa réponse a été que le fascisme était en fait trop hypocrite. « Quand un homosexuel était découvert, il était qualifié de défaitiste, de dépravé et on l’écartait des emplois publics. Il était une offense à l’homme victorieux, une atteinte au culte du mâle italien. Un homme qui se respectait fréquentait les maisons closes ; plus il avait de femmes et plus les autres l’estimaient. » Pour les femmes, le seul adultère permis était celui avec le Chef. Nombreuses étaient les femmes qui écrivaient des lettres au Duce.

A la fin du film, il est emmené par deux policiers qui vont le conduire à un bateau pour le conduire vers une île (peut-être la Sardaigne, où son ami a déjà été déporté). Les personnes considérées comme des ennemis du régime étaient en effet déportées dans les îles.

Leur rencontre, provoquée par la fuite du perroquet d’Antonietta (pourquoi un perroquet et pourquoi a-t-elle laissé la porte de la cage ouverte ?) était donc tout à fait improbable. Ils voient en effet, leur personne, leurs impulsions, leur quotidien prendre le devant de la scène. Pour la première fois de sa vie, Antonietta se surprend à parler, à penser, à être interrogée et donc à fournir des réponses. De son côté, Gabriele sent que, peut-être pour la première fois, il désire une femme.

On peut cependant remarquer que, même dans leur rapprochement spirituel et physique, tous deux restent comme à distance l’un de l’autre. On remarque aussi une alternance de désir et de rejet dans leur relation. Antonietta reste très ambivalente dans sa relation avec Gabriele : elle lui reproche d’être antifasciste et est, en même temps, très attirée par lui, pas seulement physiquement mais aussi, car, sans doute pour la première fois, elle se sent considérée comme une personne à part entière. Dans la scène d’amour physique entre Antonietta et Gabriele, la caméra insiste sur la distance dans leur union physique en jouant sur le jeu des acteurs et notamment le regard fermé de Gabriele au début de leur étreinte. On est aussi frappé par la discrétion voire la pudeur de cette scène en comparaison des scènes d’amour du cinéma actuel !

 

Critique et analyse du film (Paul) :

 

Dans l'ensemble, ce film a été apprécié, une seule personne fait des réserves.
 

Cette journée, doublement particulière, raconte l'histoire d'une rencontre improbable entre une mère de famille nombreuse (Sophia Loren) et un homosexuel (Marcello Mastroianni) le jour de la visite de Hitler à Rome en mai 1938.
Cet événement vide un grand immeuble de style mussolinien de toute sa population de locataires fascistes qui vont assister au défilé, à l'exception de la concierge et des deux héros.

 

Cet immeuble monumental, construit autour d'une cour intérieure, découvert par un mouvement de caméra en spirale, permet de voir d'une fenêtre ce qui se passe dans les appartements d'en face, comme dans Fenêtre sur cour, et donne un peu l’impression qu'il est conçu pour que tout le monde surveille tout le monde. Avec en plus une concierge, consciencieusement fasciste, qui sait tout et le fait savoir, qui rappelle le sereno espagnol chargé de surveiller les rues et d'ouvrir les portes des immeubles la nuit.

 

Toute la maisonnée se prépare pour la grande journée et abandonne Antonietta seule qui commence, avec lassitude, sa journée de tâches ménagères… et laisse échapper son mainate… Pour essayer de le récupérer, elle doit passer devant la concierge et aller chez un voisin dans l’immeuble d’en-face… homosexuel.

 

Journée particulière pour ces deux solitudes qui vont connaître un moment de liberté, comme le mainate, mais qui retrouveront leur cage. Relation physique, pudiquement rapportée, d’une femme humiliée par son mari et même ses enfants, avec un homosexuel, exclu de son travail et qui attend d’être embarqué par la police.

 

Antonietta est-elle fasciste ? Certainement. Comme des millions d’Italiens envoûtés par le Duce, elle n’est qu’une femme du peuple, naïve qui espère un septième enfant pour avoir la carte de mère de famille nombreuse, qui s’est évanouie en voyant le Duce passer à cheval, découvrant alors qu’elle était à nouveau enceinte. Conditionnés par la morale fasciste, elle a réalisé un album de photos avec des sentences sur la place et le rôle de l’homme, de la femme fascistes... et elle ne comprend pas pourquoi un homme cultivé si convenable, qui parle à la radio est un réprouvé…

 

Antonietta ne se remet pas en cause. Elle est remise en cause par ce qui lui arrive. Trompée par un mari qui a une maîtresse « cultivée », elle voit qu’autre chose était presque possible. Dont elle pourra se souvenir ou qu’elle pourra imaginer en lisant le livre, Les Trois mousquetaires, qu’elle a reçu en cadeau.

 

Gabriele n’est pas antifasciste mais une victime du fascisme. Chassé de la radio parce que homosexuel et donc un ennemi du fascisme viril, un défaitiste, un dépravé... Sachant qu’il va être arrêté, déprimé, il pense au suicide et se rattache à cette femme providentielle qui lui permet de parler, d’avoir une relation humaine dans son isolement.

 

Il la poursuit, malgré elle, sur la terrasse, habituel espace de liberté des femmes, comme dans de nombreux films maghrébins, et de pureté où sèche du linge blanc, espace d’autant plus libéré que tout le monde a quitté, de bonne heure, l’immeuble et ne reviendra qu’en fin de journée. C’est sur la terrasse qu’a lieu l’affrontement le plus dur, fruit des préjugés mais aussi le jeu permis par une certaine innocence.

 

Quand il part, emmené par deux policiers, il n’a pas changé, il n’a aucun regard pour la femme mais il lui laisse, Les Trois Mousquetaires, souvenir amoureux, promotion culturelle… il ne l’a pas méprisée.

 

La lourde présence du fascisme sur la ville, sur l’immeuble, sur la vie des deux héros est marquée par une début un peu long, images d’actualité d’époque, d’une durée de dix minutes environ, des commentaires de la radio officielle diffusées de façon tonitruante par la concierge et une musique militaire lancinante que s’adoucit seulement au moment de la scène d’amour.

 

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 13:17

CERCLE DES CHAMAILLEURS

Mardi 21 février 2017

Film « Chocolat » (2016)

Présentation par Michel

Film réalisé par Roschdy Zem qui avait déjà réalisé : « Mauvaise Foi » en 2006, « Omar m’a tuer » en 2011 et « Body builder » en 2014.

Est sensé s’inspirer du livre « Chocolat, clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française » de Gérard Noiriel (Bayard 2012).

Acteurs principaux : Omar Sy dans le rôle de Chocolat, James Thierrée (comédien suisse, petit-fils de Charlie Chaplin) dans le rôle de Footit et Clotilde Hesme dans le rôle de Marie.

Considéré comme un film biographique (biopic).

Que peut-on penser du film ?

Pour procéder à l’analyse et la critique du film, mes difficultés sont venues du fait que celui-ci est présenté comme un biopic, c’est-à-dire un film biographique, donc basé sur la vie du clown Chocolat, qui est un personnage historique, ayant existé et non pas imaginé/inventé par un cinéaste/scénariste désireux de délivrer un message .

  1. Dans les critiques qui sont parues à la sortie du film en salles, beaucoup sinon la plupart, portaient sur les différences constatées entre le Chocolat présenté dans le film et le vrai Chocolat, tel qu’il avait été décrit par plusieurs sources bibliographiques.

D’où mes recherches sur les sources sur la vie de Chocolat.

Les principales sources sont :

En premier lieu les deux livres de Gérard Noiriel consacrés à Chocolat :

  • « Chocolat, clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française », paru chez Bayard en 2012 et dont le film est censé s’inspirer.

  • « Chocolat, la véritable histoire d’un homme sans nom », Bayard 2016.

Après le 1er livre, G. Noiriel a eu un sentiment d’inachevé et a voulu enrichir ses informations. Il s’est alors lancé dans une enquête approfondie qui l’a conduit dans les lieux où Chocolat avait vécu, à Cuba et à Bilbao et aussi à rencontrer des descendants de Chocolat et de Castaño.

Noiriel s’est également appuyé sur l’ouvrage de Franc-Nohain, un petit livre illustré destiné aux enfants paru en 1907 et en principe basé sur une interview de Chocolat et aussi sur le livre de Tristan Rémy sur les clowns, paru en 1945, avec un chapitre sur « Footit et Chocolat ».

  1. Autres critiques du film : parues dans la presse. Si l’on fait abstraction des erreurs historiques, celles-ci sont pratiquement toutes très positives et insistent sur les qualités du film, tant sur le plan de la qualité des images, de la reconstitution de la Belle Epoque, des décors ou des costumes et, bien sûr, du choix des acteurs et, tout particulièrement d’Omar Sy et de James Thierrée.

Omar Sy et James Thierrée sont remarquables dans leurs numéros de clowns mais, si Thierrée est un clown professionnel, ce n’est pas le cas d’Omar Sy et on ne peut être qu’admiratif pour la façon dont il a réussi à se mettre dans la peau d’un clown avec tant de réalisme. Ceci est le résultat d’un entraînement qui a dû être éreintant, avec l’aide/le coaching de Thierrée, comme on peut le voir dans le Making Of du DVD.

Ce qui est vrai, ce qui est faux dans « Chocolat », le film de Roschdy Zem (Ce qui suit est tiré en partie de l’article de JEUNE AFRIQUE du 29 janvier 2016 par Nicolas Michel avec des compléments) :

Parabole morale, le film de Roschdy Zem sur le clown Chocolat s'autorise des libertés avec la réalité. Alors, vrai ou faux ?

Comme il le reconnaît bien volontiers lui-même, l’acteur et réalisateur Roschdy Zem a pris des libertés par rapport à l’histoire de Rafael Padilla pour les besoins de son film, allégorie morale décryptant le racisme d’une époque pour mieux évoquer celui qui sévit aujourd’hui. Sans pour autant dénigrer ce choix artistique, nous sommes allés à la recherche de la vérité en nous appuyant sur la biographie écrite par l’historien Gérard Noiriel, Chocolat, la véritable histoire d’un homme sans nom, paru aux Editions Bayard en 2012.

Chocolat était originaire de Cuba où sa famille eut à subir l’esclavage

Vrai. L’absence d’état civil de Rafael suggère qu’il serait né entre 1865 et 1868 dans une famille d’esclaves ou de « cimarrons ». Il aurait ensuite été vendu sur le port à un riche exploitant espagnol qui l’aurait emmené comme domestique dans la ville de Sopuerta, non loin de Bilbao, pour l’usage de sa famille.

Le cirque Delvaux aurait été le premier à employer Rafael sur la piste

Faux. Le cirque Delvaux n’existe pas, c’est le clown d’origine britannique Tony Grice, connu pour ses parodies de corrida, qui rencontra Rafael dans la région de Bilbao et l’embaucha alors qu’il avait fui la maison de son maître pour échapper aux mauvais traitements. Déjà, en tant que cascadeur, Rafael encaissait des coups sans pouvoir y répondre et, une fois sorti de piste, devenait le domestique de Madame Tony Grice.

Le clown Footit vint démarcher Chocolat dans l’idée de former un duo

Faux. À la fin des années 1880, emmené à Paris par Tony Grice, Chocolat connut presque aussitôt un succès phénoménal, d’abord avec Tony Grice, puis dans le rôle principal dans la pantomime La noce de Chocolat, au Nouveau Cirque. Pendant ce temps, le britannique Footit n’était pas sur le déclin et faisait lui aussi des débuts fracassants. L’idée du duo viendrait plus tard, en 1888, à l’initiative du metteur en scène Henri Agoust.

Poursuivi par la police pour défaut de papier, Chocolat séjourna en prison

Faux. S’il est vrai que Rafael ne bénéficia jamais d’un état civil en bonne et due forme, il ne fut jamais arrêté pour cela. La seule affaire judiciaire connue le concernant est néanmoins évoquée dans un autre passage du film : un jour, la rivalité entre les écuyers et les clowns du Nouveau Cirque dégénéra, en 1887. Tony Grice et deux co-prévenus, un Italien et un « on-ne-sait pas quoi » selon la presse furent poursuivis pour coups et blessures. Ce « on ne sait pas quoi », c’était Chocolat qui, avec Antonio (un Portugais et non un Italien…) se chargea de défendre Grice. L’affaire se termina par un non-lieu.

Par contre, à la suite d’une grave crise économique, une loi du 8 août 1893 qui portait sur « la protection du travail national » stipulait que les étrangers exerçant une activité professionnelle devaient se déclarer à la mairie de leur domicile ou à la Préfecture pour Paris. En ce qui concerne Chocolat, à la suite de longues démarches, il finit par obtenir un « récépissé » au titre de réfugié politique. (G. Noiriel)

Marie Hecquet, épouse de Chocolat, était veuve et infirmière de métier

Faux. Marie Hecquet eut le courage, extraordinaire pour l’époque, de divorcer de son mari, le sieur Grimaldi, pour s’en aller avec ses deux enfants, Eugène et Suzanne, vivre avec Rafael. Un article du Figaro d’avril 1902 décrit Chocolat le clown du Nouveau Cirque, comme « un excellent mari, un père attentif, un locataire régulier » et « Madame Chocolat » (comme elle se faisait appeler), avec ses charmes imposants, joue de l’accordéon, pour le plus grand plaisir des autres locataires. » Rafael avait besoin d’elle pour apprendre ses rôles.

Pour les besoins du film, Roschdy Zem en a fait une infirmière : cela collait bien avec l’implication personnelle de Chocolat auprès des enfants malades des hôpitaux de Paris. Par ailleurs, Chocolat éleva les enfants de Marie Hecquet comme il aurait élevé les siens.

Footit et Chocolat furent filmés par les frères Lumière

Vrai. Alors que le cinéma en était à ses balbutiements, les deux comiques furent filmés par les frères Lumières, comme le montre d’ailleurs le court métrage présenté à la fin de Chocolat. Ils furent aussi les cobayes, avant le succès du cinéma, d’Emile Reynaud, l’inventeur du praxinoscope, mais les images de ce théâtre optique ont toutes été détruites.

Chocolat connut l’échec lorsqu’il entreprit de jouer Othello au théâtre

Faux. Là encore, Roschdy Zem a choisi de rapprocher deux épisodes distincts de la vie de Rafael pour les besoins de son allégorie. En réalité, Chocolat fut bien le premier acteur noir à interpréter Othello en France, mais c’était dans une parodie de l’opéra que Verdi avait tiré de la pièce de Skaespeare… L’échec théâtral de Rafael vint beaucoup plus tard, en décembre 1911, sur la scène du théâtre Antoine, dans une pièce d’Edmond Guiraud, Moïse. Chocolat ne savait ni lire ni écrire et avait été incapable d’apprendre son texte, Il fut laminé par la critique. L’auteur avait truffé son texte de « tirades » que Rafael eut toutes les peines du monde à apprendre, même après des simplifications du texte initial.

Entre Footit et Chocolat, l’amitié l’emporta sur les jalousies

Faux. Malheureusement, la réalité ne fut pas celle d’un duo à la vie à la mort sur fond d’amitié profonde. Footit, personnage égocentrique et dépressif, avait du mal à accepter l’importance prise par Chocolat, faire-valoir sans lequel le succès l’aurait très vite abandonné. S’il était contraint de jouer avec lui et de faire une bonne figure, il ne ratait pas une occasion, notamment dans la presse, de rabaisser son talent.

 

Chocolat mourut en 1917, comme simple balayeur dans un cirque

Vrai et faux. Chocolat est bien mort le 4 novembre 1917, à Bordeaux, mais il n’était pas simple balayeur, il était toujours clown, au sein du cirque Rancy et partageait notamment la piste avec les fils de Footit. Son fils adoptif, Eugène, avec qui il avait formé le duo « Tablette et Chocolat », connaîtra lui aussi un certain succès dans le monde du cirque.

Par ailleurs, Chocolat n’est pas mort de tuberculose mais dans son lit d’une crise d’angine de poitrine (ou d’infarctus ?) d’après G. Noiriel.

Le vrai nom de Chocolat était Rafael Padilla

Faux. Selon Gérard Noiriel, plusieurs hypothèses ont cours concernant le vrai nom du clown. Son prénom, Rafael, est à peu près certain. Pour le reste, on l’a affublé des patronymes de Leïos, Patodos et Padilla – ce dernier pouvant faire référence au nom de la femme de son ancien maître espagnol, Castano qui se nommait Caridad Padille. Dans le registre de décès, l’employé a indiqué le nom de Padilla, sans doute donné par les 2 témoins qui sont venus déclarer son décès, mais il n’a jamais porté ce nom de son vivant.

Chocolat est souvent désigné comme « le premier artiste noir de la scène française »

 

Faux. D’après Sylvie Chalaye dans Afriscope 45, « dès 1880, nombreux étaient les Noirs venant des Amériques à tenter leur chance au music-hall, musiciens, danseurs, cascadeurs, boxeurs. Après la guerre de sécession, nombreux sont les Noirs à quitter l’Amérique pour la France considérée comme un terre de liberté.

 

Autres données fausses sur le film :

 

Des personnages sont fabriqués de toute pièce comme le Haïtien emprisonné avec lui comme prisonnier politique et qui essaie d’éveiller Chocolat à son statut d’exploité et d’humilié par Footit.

 

Contrairement aux personnages du film, Chocolat avait une petite taille alors que Footit était assez imposant.

Les indigènes africains des expositions coloniales parlaient le français alors que Chocolat parlait « l’espagnol des bas quartiers » et très mal le français.

 

A propos du véritable projet du film :

 

Pour Sylvie Chalaye (Afriscope), « Le film de Roshdi Zem réduit encore une fois Chocolat à une figure victimaire et passe à côté de sa dimension héroïque. Pourquoi ne pas avoir ouvert une fenêtre sur l'autre vie de Chocolat, celle du danseur ? C'est précisément ce que retient le cinéma américain dans Un Américain à Paris (1952) de Vincente Minnelli ou Moulin Rouge (2001) de Baz Luhrmann.

Vouloir stigmatiser le racisme qui sévissait aux temps des colonies et mettre en avant les paradoxes d'une société française qui rit au cirque de Chocolat et s'émeut de ses pochades avec paternalisme et condescendance est une ambition louable. Mais déformer la vraie histoire de Chocolat, introduire une violence physique pour atteindre ce but c'est comme fabriquer des preuves à charge pour mieux s'assurer que le coupable sera condamné et provoquer finalement un vice de forme qui prive la société française d'un vrai procès, juste et valide.

Ce film reproduit le même mécanisme que celui qui préside à l'album réalisé par Franc-Nohain. Il s'agissait d'une entreprise commerciale à visée publicitaire comme en produisait régulièrement le cirque. Le vrai paradoxe, c'est que la propagande militaire va à son tour entretenir une image bon enfant des Noirs vers 1910, celle de ceux qui sont des frères destinée à sauver la nation et l'image de Chocolat participera amplement à cette campagne de propagande militaire. La violence à l'égard de Chocolat dans le film, qui est celle des voyous qui viennent l'intimider et lui casser les doigts de la main pour récupérer leur argent se confond avec la violence raciste qui aurait pu être celle des Amériques de la ségrégation et des lendemains de la guerre de Sécession. Or la France n'est justement pas l'Amérique en 1910. C'est pourquoi d'ailleurs nombreux sont les Noirs à quitter l'Amérique pour la France construisant le mythe d'une terre de liberté, où tout est possible pour les Noirs. Dieu sait pourtant que la France coloniale était loin d'être dénuée de racisme. Mais rien dans le film ne fait jamais allusion aux Noirs venus des États-Unis, aux Antillais et aux Africains qui fréquentaient la Capitale, encanaillaient les soirées parisiennes et participaient même à la vie politique(4).

Tant qu'on n'abordera pas l'histoire coloniale française dans toute sa complexité avec ses paradoxes et ses contradictions on ne pourra pas dépasser le traumatisme qu'elle représente. Il ne faut pas se mentir, mais regarder la réalité en face.

 

 

Pourquoi Omar Sy :

On peut comparer la carrière de Chocolat et celle d’Omar Sy. C’est en effet grâce à son duo avec un blanc (Fred Testot dans les sketches de « Omar et Fred sur Canal +) que Omar Sy est devenu célèbre avant de pouvoir envisager une carrière en solo. Depuis le succès d’Intouchables, il est devenu probablement le plus grand acteur noir que l’on a en France et le seul capable de porter ce rôle.

Les origines du film et des livres :

Pourquoi l’intérêt de Gérard Noiriel pour le clown Chocolat ?

Au départ, désir de sensibiliser le jeune public à la question des discriminations, tout en évitant les discours moralisateurs dénonçant le racisme, d’où l’idée d’aborder le problème par le biais du rire.

Recherche d’un personnage historique et choix de Chocolat.

Découverte du petit ouvrage de Franc-Nohain « Les Mémoires de Footit et Chocolat », destiné aux enfants et paru en 1907 (basé sur une interview de Chocolat) et recherche dans la presse de l’époque.

A la Belle Epoque, Chocolat est plus populaire que Joséphine Baker 20 ans plus tard mais est ensuite tombé dans l’oubli.

Dans une interview de janvier 2016 dans Libération, au moment de la sortie du film en salles, G. Noiriel déclare : « Enfant, mon nom je l’ai porté. Je me suis identifié aux Noirs parce que je m’appelle Noiriel, mais aussi à cause de mon teint qui, en Alsace, faisait qu’on me disait… que j’étais « typé » ou « basané ».

Dans cette même interview il dit : « Dans un précédent livre sur l’immigration, j’ai écrit que ce n’était pas l’immigration qui m’intéressait, mais ces situations de décalage, de rejet, de lutte pour se faire reconnaître. L’histoire de Chocolat, ce gars venu de nulle part et qui réussit, c’est un peu mon histoire. Je viens d’un milieu extrêmement populaire et, par une série de hasards, je me suis retrouvé à l’Ecole normale supérieure, à Princeton… On se demande toujours si on n’est pas un imposteur. C’est pour ça aussi que je me suis identifié à ce parcours, à ce que ça signifiait de tout le temps se demander : est-ce qu’ils rient parce que je suis noir ou parce que j’ai du talent ? »

Informations complémentaires :

Un autre film a déjà développé une thématique proche de celle de « Chocolat », c’est « La Vénus noire » d’Abdellatif Kechiche en 2010 qui racontait l’histoire de la Vénus Hottentote. Contrairement à « Chocolat », le film de Kechiche n’avait pas convaincu.

Une autre œuvre a été consacrée au clown Chocolat, il s’agit de « Chocolat, clown nègre », un spectacle mis en scène par Marcel Bozonnet, réalisé en 2012 à partir du premier livre de Gérard Noiriel. D’après Les Echos, il s’agissait d’un spectacle hybride, mi théâtre, mi cirque.

Compte-rendu de la discussion par Olga

Dans un premier temps, Michel nous présente l'histoire racontée dans le film et nous fait découvrir les différences qui existent entre le scénario de Roschdy Zem et la biographie du clown Chocolat écrite par Gérard Noiriel .

A la question : pourquoi ce choix ? Michel répond qu'il a aimé le film, "c'est un bon film", et la réflexion sur la situation des Noirs, le rôle du clown noir comme faire - valoir du clown blanc .

Les avis des autres participants sur le film au cours d'un tour de table rapide :

"Je n'aurais pas choisi ce film, essentiellement parce que je n'aime pas le cirque et plus particulièrement les clowns où le plus faible est toujours celui qui reçoit les coups"

"Je ne l'ai pas trouvé mauvais mais pas non plus très bon"

"Le film m'a semblé moyen, même si le jeu des deux acteurs principaux est remarquable et si l’histoire donne à réfléchir "

"C'est un film militant , je ne l'ai pas aimé au premier visionnage, puis apprécié en le revoyant".

Une des difficultés du film est de se situer dans la réalité historique de l'époque, une époque au cours de laquelle on avait vu peu de Noirs. Dans le film on n'en voit que trois : le clown Chocolat, le Haïtien compagnon de prison de Chocolat et le "sauvage" de l'exposition Coloniale. Aucun des trois ne gravite dans la vie quotidienne, l'un est dans son cirque, le second prisonnier, le dernier dans sa cage où il joue le sauvage.

Le film raconte une époque où la France possédait encore son empire colonial et au cours de laquelle le Noir n'était pas considéré au même niveau que l'homme Blanc. Epoque au cours de laquelle on faisait parler le Noir "petit nègre" "y-a bon Banania", où on le représentait dans les publicités avec des têtes de singes, y compris le peintre Toulouse Lautrec dans ses toiles sur le Moulin Rouge.

On retrouve de nos jours ce même racisme banal, quotidien : cris de singes dans les stades quand joue un Noir, insultes à Ch. Taubira, etc ... même si l'acteur jouant le rôle de Chocolat, Omar Sy, a été désigné comme personnalité la plus populaire en France.

Le film décrit différentes formes de racisme : physique (les coups, l'enfermement), plus subtil et inconscient "le singe, le Noir, le Blanc" le Noir pas tout à fait animal, mais pas Blanc non plus, et raconte le cheminement et la volonté du clown Chocolat pour sortir de ce schéma et être au niveau du Blanc. Au cirque il se rebelle contre le clown Blanc et le gifle à son tour, au théâtre il se bat pour jouer Othello, de Kananga, esclave, il devient "Chocolat", clown , puis Rafael Padilla, acteur de théâtre , avec un prénom et un patronyme , comme tout un chacun .

Mais c'est également un film anti-raciste : l'amour et l’influence de Camille, l'amour de Marie et de ses enfants, l'amitié du directeur de théâtre, l'amour réel de Georges Footit qui sera auprès de lui tout au long de sa vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 17:51

LE CERCLE DES CHAMAILLEURS

Mardi 6 décembre 2016

 

Le troisième homme Carol Reed (1949)

Titre original: The third man

 

Présentation par Anne :

 

scénario Carol Reed-Graham Greene A London film ( je mets cette note car, on le verra par la suite, il est difficile de dire si c'est un film britannique ou américain)

 

durée : 104 minutes en Europe-93 minutes aux Etats-Unis

sortie: le 31 août 1949 au Royaume-Uni

 

particularité : livre de Graham Greene avec le même titre. Ce livre a été écrit pour l'écran :" on a demandé à l'auteur de composer une histoire dont le cadre serait une ville des pays actuellement occupés par les armées des puissances victorieuses; le choix s'est arrêté sur Vienne. Graham Greene s'est alors rendu sur place et a écrit "The third man " en anglais" ( extrait de l'avertissement de la

première édition du livre parue en 1950 dans la catégorie "Divertissements " aux éditions Robert

Laffont en même temps q'une courte nouvelle du même auteur, ayant aussi servi de cadre à un film et dont le titre est "Première désillusion")

 

Carol Reed est un cinéaste Anglais (1906-1976) Il a travaillé sur ce film avec Greene . Il avait un producteur Alexandre Korda(Hongrois,naturalisé britannique) et un producteur américain: Selznick , spécialiste de grandes superproductions hollywoodiennes. Les 2 s'entendaient très mal, n'ayant pas du tout la même vision du film : un exemple,parmi d'autres : Selznick voulait que la vedette féminine, Alida Valli, attire les spectateurs par sa plastique et ses vêtements; il ne croyait pas du tout au sujet du film. Il pensait que le film n'aurait aucun succès, n'intéresserait personne alors qu'il a eu beaucoup de spectateurs, de nombreux prix dont le grand prix du jury à Cannes.Il a une distribution d'acteurs internationale :

Alida Valli,Joseph Cotten ,Trevor Howard, des Autrichiens très populaires dans leur pays comme celui qui incarne le concierge ou bien la logeuse d'Anna (qui ont facilité les tournages à Vienne) et bien sûr Orson Welles au début de sa carrière,et qui joua les "diva" (impossible à joindre , puis refusant de tourner dans les égouts et obligeant alors C.Reed à reconstituer des décors-

égouts).Il faut ajouter que Welles avait déjà réalisé "Citizen Kane" et "Splendeur des Amberson" où il était aussi acteur.

 

Je n'ai pas vu "Le troisième homme" à sa sortie , ni en ciné-club plus tard . J'en entendais toujours parler et ce n'est que dans les années 90,

en voyage à Vienne que je l'ai vu (et que je suis montée sur la grande roue!) . Dans le bonus de la version restaurée il est dit qu'on le joue 2 fois par semaine, à Vienne,actuellement. Selznik s'était bien trompé, ça a été un gros succès dans sa carrière de producteur alors qu'il en doutait tout à fait et qu'il était à couteaux tirés avec Korda.

Depuis, j'ai revu souvent le film mais le premier souvenir,c'est le chat et la première apparition d'Orson Welles (très longtemps attendue après le début du film),les jeux d'ombres et de lumières, la grande roue avec Welles et Cotten qui auraient improvisé leur dialogue et, bien sûr, la poursuite dans les égouts. Le rôle de Welles ne dure que 18 minutes ,mais il semble qu'il ait eu beaucoup d'effets sur la suite de sa carrière.On a même transformé son rôle en disant qu'il avait dirigé des scènes du film, ce qu'il nie. La grande roue ,malgré sa vétusté, est restée une attraction sur le Prater de Vienne.

 

Comme le dit un critique de cinéma, la grande vedette du film est Vienne. La seconde guerre mondiale est finie,mais elle est encore divisée en 4 zones d'occupation : américaine,anglaise,française,russe. Elle est en partie en ruines (en partie car certains appartements comme celui de Harry et celui d'Anna semblent avoir gardé une certaine splendeur d'antan) et elle est livrée à toutes sortes de trafics.Le film joue beaucoup sur cet aspect de la ville, il a été tourné à Vienne même et aussi dans des reproductions d'extérieurs,dans des studios de capitales européennes. L'escalier en hélice d'un appartement (celui d'Anna,habité par des princes suivant la logeuse) est remarquable pour son esthétique et son adaptation au suspense.Reed s'en sert d'ailleurs dans le générique. Les éclairages, opposition d'ombres et de lumières,jouent un rôle important, tant dans le décor que pour la présentation des personnages.

 

Avant d'entrer dans le ou les thèmes du film , un élément important qui marque sans doute les spectateurs : un morceau de musique joué à la cithare par Anton Karas, obscur musicien rencontré par hasard par Reed (qui d'ailleurs ne connaissait même pas l'existence de la cithare) . Reed fut subjugué par le morceau de musique qui revient régulièrement au cours des différentes scènes et

qui a fait de Karas un homme très riche.Il a fait enregistrer à Londres,en studio, un thème musical après 14h de travail par jour,pendant 12 semaines!Le résultat fut très bon puisque la musique fit fureur et que Karas fut invité à un tour du monde, avec sa cithara !

 

Le film est ressorti en 2015 et dans une version restaurée qui met bien en valeur les éclairages,la photo et la musique.Lorsqu'il a été réalisé ,en 48,Graham Greene avait lu un article dans le Times sur le trafic de pénicilline en Autriche. L'histoire du film peut se résumer ainsi : un "petit" écrivain américain,Holly Martins, arrive à Vienne,à la fin de la guerre,invité par un de ses anciens camarades

de classe, Harry Lime.Dès qu'il arrive à Vienne,il apprend que son camarade est mort,renversé par une voiture. Il assiste alors à son enterrement mais ,en voulant savoir ce qui s'est vraiment passé, il est confronté à plusieurs personnes et il est amené à enquêter car les récits de différents témoins ne concordent pas....On aura donc un suspense qui va se développer pendant le film jusqu'à l'apparition du héros ,57 minutes après le début du film . C'est donc déjà un caractère original; Orson Welles n'arrive que tard dans le film (Reed dit que cela augmente le suspense) et il apparaît pendant 18minutes dans 3 scènes. Pourquoi le film est-il alors aussi attachant ?

 

Les personnages,en dehors de Holly et Harry,sont ;Anna,l'amie de Harry,aimée aussi de Holly. Les acolytes de Harry: le baron Kurtz et le docteur Winckel ,deux Autrichiens,le Roumain Popescu; ces personnages ont une vie "louche" (Kurtz joue du violon dans un cabaret,tout baron qu'il est, et Popescu semble tenir ce cabaret):; des personnages secondaires: le concierge de Harry et la logeuse d'Anna Schmidt qui aurait improvisé son discours lorsque les représentants des puissances occidentales viennent fouiller l'appartement d'Anna. Parmi ces représentants; Calloway,Ecossais, et Paine,son chauffeur.Anna, d'origine tchèque ,gagne sa vie en jouant dans des opérettes,comme c'est la tradition à Vienne.Dès le début, on voit déjà le mélange de nationalités chez ces personnages et l'on sait aussi que tout le monde trafique pour vivre,que les faux-papiers sont monnaie courante.

 

Les thèmes du fim peuvent se résumer en: l'amitié,la trahison,l'amour ,le bien et le mal.Le film est en blanc et noir et ce n'est pas un hasard si Harry(O.Welles) est toujours en noir.Les visages sont photographiés avec une très grande maîtrise,en particulier leur changement (celui d'Orson Welles lors de sa première apparition est remarquable,passant de l'inquiétude au bonheur de revoir son ami,malgré les circonstances). Le visage du baron Kurtz change aussi lorsque Holly lui parle du troisième Homme. Le fils du concierge a aussi un visage lunaire et le ballon qui précède son entrée dans la pièce est un élément intéressant.Les photos contrastées en noir et blanc, les grandes ombres sur les murs,avant l'arrivée de personnages,accentuent le suspense.

 

 

Le thème du mal,le trafic de pénicilline frelatée par Harry et ses compagnons ,

ressort particulièrement dans les dialogues de Harry et Holly, que les ac teurs Welles et Cotten auraient eux-mêmes inventés. Que cette scène utilise comme décor la grande roue qui est toujours

une attraction sur le Prater de Vienne, ajoute encore à la beauté de l'image. La visite à l'hopital des enfants,victimes de ce trafic ,est, par contre, pleine de discrétion; on ne voit aucun des petits malades,on les imagine. Mais c'est à partir de là que Holly "trahira" son ancien ami et perdra aussi l'amour d'Anna , en vendant Harry à ceux qui le recherchent.

 

La fin du film est remarquable: l'arrivée de l'inquiétant marchand de ballons (qui peut tout faire échouer) et la poursuite dans les égouts même si certaines images reviennent plusieurs fois . De même la dernière scène de l'enterrement réel de Harry est très mélancolique (contrairement à ce qu'aurait voulu G.Greene). Anna part (où?sans-papiers),elle passe devant Holly sans le regarder; c'est une scène très proche de la premiére(le faux enterrement de Harry) mais plus triste.

 

Je n'ai pas parlé de beaucoup d'éléments importants du film, du livre qui a été édité après : Je l'ai lu la première fois avant de voir le film et puis,maintenant :pour moi le contraste avec le film est très grand . Quand on n'a pas vu le film, le livre apparaît comme un bon policier. Après la vision du film, ce n'est plus la même chose,c'est très proche du film mais peut-être sans relief. La dernière scène,à la suite de l'enterrement de Harry, est sans doute plus optimiste que celle de Reed ( on sait que Greene voulait une fin heureuse du film ce que refusa Reed) : Holly Martins, dans le livre a rejoint Anna dans l'allée; même s'ils ne se disent rien , ils sont côte à côte, ils viennent de perdre un être cher mais que peut-il se passer ensuite?

 

Il est temps de discuter maintenant du film.

 

Eléments supplémentaires développés pendant la discussion :

 

  • On note une différence entre la fin du film et la fin du livre en ce qui concerne les relations et les comportements d’Anna et de Holly

  • Orson Welles apparait peu (18 minutes au total) mais ses apparitions sont remarquables, notamment la première quand il est dissimulé dans l’entrée d’un immeuble, cette entrée étant d’ailleurs murée !

  • Alida Valli dans le rôle de Anna n’est pas jugée bonne ni nécessaire au film par des membres du Cercle des Chamailleurs. D’autres, au contraire, estiment qu’elle a tout à fait sa place et qu’elle apporte un « supplément d’âme » au film.

  • A propos du bien et du mal dans ce film, l’ambiguïté est sur le "bon" Holly qui trahit son ami, tandis que le "mauvais ami" va au rendez-vous que Holly lui a donné, même s’il sait que Holly a parlé de lui à la police et que c'est à cause de lui qu'elle a déterré l'infirmier pour être sûr que ce n'est pas Harry. Par ailleurs, le mal est illustré de façon très nette par la nature du trafic auquel se livre Harry, à savoir la vente de pénicilline trafiquée et rendue inefficace (par dilution), ce qui aboutit au décès des enfants traités ou au développement de handicaps très graves et définitifs chez ceux qui survivent.

  • Graham Greene est dépeint comme un catholique qui écrit des romans moraux.

  • Le peuple (les habitants de Vienne) est quasiment absent du film, à quelques exceptions près comme les concierges de Harry et de Anna, le petit garçon qui reconnait Holly et les gens rassemblés devant l’immeuble de Harry après la découverte de l’assassinat du concierge.

  • L’attitude/le comportement de Anna et de Holly est jugée révélatrice de leurs sentiments et de leurs « ressentis » vis-à-vis de Harry au moment des 2 enterrements. Anna ne jette pas de terre sur le cercueil de Harry au 1er enterrement car elle sait ou sent que ce n’est pas lui que l’on enterre et donc qu’il est toujours vivant mais elle le fait au 2ème enterrement. Holly Martins fait exactement le contraire : au 1er enterrement, il est persuadé que c’est son meilleur ami Harry que l’on enterre et au second, il ne ressent plus d’amitié pour Harry.

  • Le Troisième Homme est qualifié de film « noir » par un des membres du Cercle, ce qui correspond tout à fait à la définition de « film noir » que l’on trouve notamment dans Wikipedia (extraits) :[

« ]le terme film noir est né en 1946 sous la plume d'un critique de films français, Nino Frank, par assimilation à la Série noire…Le film noir met généralement en scène un personnage emprisonné dans des situations qui ne sont pas de son fait et acculé à des décisions désespérées. Le meurtre ou le crime, l'infidélité, la trahison, la jalousie et le fatalisme sont des thèmes privilégiés…La Soif du mal (Touch of Evil), tourné en 1958 par Orson Welles est généralement considéré comme le dernier film noir classique[4]Le film noir possède une véritable identité visuelle qui a été largement imitée par la suite. Les éclairages expressionnistes sont fortement contrastés, laissent de larges plans de l'écran dans l'obscurité. Le décor est souvent urbain, et les espaces sont alors restreints (pas d'échappée sur une place ou une grande avenue). La campagne ou la petite ville est idéalisée, représentant l'Amérique des origines. En ville, on retrouve souvent le trottoir humide, comme après une pluie, les scènes nocturnes y sont nombreuses…Les films noirs mettent souvent en scène des personnages principaux complexes et ambigus, dont le passé est souvent peu reluisant, et des seconds rôles riches et autonomes, en rupture avec les poncifs traditionnels. »

 

  • Les visages et les expressions des principaux protagonistes sont remarquables : Harry a le plus souvent une expression moqueuse ou ironique alors que Anna a souvent l’air triste.

  • Les sentiments de Anna (amour) et de Holly (amitié) vis-à-vis de Harry sont très ambigus. Vers la fin du film, Anna dit : « Nous étions deux à l’aimer, mais qu’avons-nous fait pour lui ? », ce qui veut dire : qu'est-ce que l'amour ou l'amitié ? Aime-t-on quelqu'un d'amour ou d'amitié parce qu'il est bon ? ou comme dit Montaigne « parce que c'était lui, parce que c'était moi". Et elle l'aime parce que c'était lui. Même criminel. Et lui non.

  • Le film contient également de nombreuses notes d’humour : la morsure de Holly par le perroquet, le comportement de la concierge d’Anna quand les policiers entrent dans son immeuble, la conférence improvisée sur les romans policiers organisée par l’admirateur déclaré de Holly,…

  • Enfin, il faut mentionner la musique, la mélodie jouée à la cithare qui imprègne le film et qui l’évoque dès qu’on l’entend.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 17:34

LE CERCLE DES CHAMAILLEURS

Mardi 8 novembre 2016

La fiancée du pirate (Présentation par Olga)

Dans ma filmographie il y a les films de Bergman, « Paris Texas » de Wim Winders, « Le jour se lève » de Marcel Carné, « A bout de souffle » de Godard, les films de Almodovar, de Carlos Saura, ce film vietnamien « L’ odeur de la papaye verte » et tant d’autres ... « La fiancée du pirate » est l’un de mes films préférés , pas « le » préféré , mais celui qui, spontanément , quant nous avons eu à proposer un choix, est venu à mon esprit.

Le film, comédie dramatique et satirique, réalisé par Nelly Kaplan et co-ecrit avec Claude Makovski est sorti en décembre 1969.

Je l’ai vu pour la première fois au moment de sa sortie, j’avais été enthousiasmée par le jeu de Bernadette Lafont, par le personnage de Marie qu’elle incarne magnifiquement, par sa lutte contre la xénophobie, la bêtise, l’injustice, sa marche vers la conquête de la liberté.

J’avais aimé l’ensemble de la distribution, chacun plus vrai que nature dans son rôle, et en particulier par Michel Constantin, le projectionniste qui ouvre à Marie les portes du monde à travers le cinéma.

La musique de Georges Moustaki, la chanson interprétée par Barbara, les dialogues vifs et naturels, l’humour noir, la satire violente de l’ordre social ... m’avaient énormément touchée et continuent de m émouvoir.

Que raconte le film ?

Il s’agit de la vengeance de Marie contre la médiocrité et le mépris des « notables » de Tellier, village triste et gris, où elle et sa mère, venues d’ailleurs, et donc différentes, se sont installées.

Nelly Kaplan écrivait de son film « C’est une histoire de sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs car c’est elle qui les brûle »

L’hypocrisie commence dès l’arrivée de Marie et de sa mère, nomades et sans papiers, qui soit disant reçues généreusement et charitablement par les notables du village, sont exploitées pour exécuter les travaux les plus pénibles, et qui vont jusqu’à exercer une sorte de droit de cuissage, y compris de la part de la riche propriétaire terrienne, Irène.

Le jour où la mère de Marie se fait tuer par un chauffard, son corps est transporté dans leur misérable cabane par les «élites » du village , l’adjoint du maire, le garde champêtre, le pharmacien qui décident de déclarer ce décès comme « Mort naturelle » aucun d’eux ne souhaitant une enquête de la gendarmerie qui risquerait de révéler les conditions de vie des deux femmes . Pour la première fois, Marie se rebelle.

Face au harcèlement des hommes du village et au meurtre de son bouc noir, elle décide de se venger. Dorénavant, sous la menace de révéler à leurs femmes leurs «visites » à sa cabane, elle contraint les villageois à payer ses faveurs, faveurs qu’elle accorde au projectionniste ambulant qui lui ouvre les portes du cinéma et de la ville.

Nelly Kaplan écrira « J’ai senti mon film comme un hommage au cinéma et j’ai voulu que celui – ci joue un rôle capital dans l’histoire. La vision de « La comtesse aux pieds nus » aide Marie à se libérer, et le cinéma lui fait découvrir que l’univers ne se limite pas à ce coin de campagne perdu, qu’il, existe autre chose ailleurs »

Faveurs qu’elle accorde également à l’ouvrier agricole espagnol en même temps qu’elle refuse la demande en mariage d’un notable, Gaston Duvalier.

Marie va amasser une assez grosse somme d’argent qu’elle utilise pour s’offrir objets modernes et frivoles dont elle n’a pas l utilité et qui ne servent qu’à narguer le village.

Grâce à un magnétophone, elle enregistre les confidences, critiques, médisances qu’elle recueille sur l’oreiller. Elle fera entendre ces enregistrements à la messe, quand tout le village est rassemblé. Fous furieux, les villageois se ruent vers la cabane de Marie où ils arrivent trop tard : elle l’a incendiée avant de s’enfuir.

Marie prend la route de la liberté sur fond de campagne printanière, accompagnée de la voix de Barbara.

Que dire du film ?

Le sens du film est complexe et multiple : libertin et libertaire, politique (on voit placardée sur la porte de la cabane une affiche revendiquant la contraception expliquée à tous) ou bien lorsque Marie encourage le valet d’Irène de ne pas se laisser exploiter, poétique : le bric à bac coloré rassemblé par Marie qui ne sert à rien, il n’y a aucun confort dans la cabane et séchoir à cheveux, machine à coudre etc … ne servent à rien, ses collages et dessins composent de magnifiques sculptures d’art brut .

La musique du film

Georges Moustaki a composé la bande originale, la chanson « Moi je me balance » est interprétée par Barbara.

Le film fait allusion à « L’ opéra de 4 sous » de Berthold Brèche et Kurt Weill, La fiancée du pirate et le chant de Barbara sont les titres de deux chansons de « L’ opéra de 4 sous »

La sortie du film en décembre 1969 à été accompagnée d’une série de critiques très positives :

J.L. Bory (N.Obs) écrivait « Marie, c’est Bernadette Lafont. En fille insoumise, en vamp pétroleuse, en Antigone de la bouse de vache, elle est du tonnerre de Belzebuth. Quel œil ! Ça pétille jusque dans les coins, et quel sourire ! Réservoir des sens et championne du mauvais esprit, elle ravage tous les plans. La fiancée du pirate est un des rares film français vraiment satirique, vraiment drôle »

Michel Martin, dans « Les Lettres Françaises » : « Ce film féroce et ravageur ne pourra choquer que les imbéciles, car c’est, au fond, une belle histoire d’amour. »

Michel Duran, dans le Canard Enchaîné : « Ce premier grand film de Nelly Ka plan est saccageur et insolent. Il réjouira le public tout simple par sa truculence, et plaira aux experts, aux raffinés pour ses références et sa contestation. »

Claude Mauriac, dans le Figaro Littéraire : « Nelly Kaplan s’attaque à la xénophobie, à l’hypocrisie, à l’injustice. Ce film où nous rions de bon cœur est plus grave que nous le pensions. Guignol aux champs, soit, mais qui jouerait du Maupassant corrigé par Lautréamont »

Guy Braucart dans la revue « Cinéma » : « Ce n’est pas tous les jours, ni même tous les mois qu’un film exalte ainsi d’aussi provocante et saine façon, des valeurs qui nous sont chères et essentielles comme la révolte, la liberté de vie, le cinéma, ou du moins, un certain cinéma, le bon , celui qui ne mystifie pas et n’aliene pas »

Robert Chazal, dans France Soir : « Un film pour Bunuel mais réalisé par une femme. C’est dire que les coups de bélier (il y en a dans le film) sont remplacés par des coups de griffes. Mais il reste suffisamment de cruauté pour enthousiasmer les uns et indigner les autres, il y a surtout une œuvre pleine de sève qui tranche heureusement sur la production ambiante »

Henri Chapier, dans « Combat » : « L’ intelligence de Nelly Kaplan est d’avoir réussi à la fois un film d’auteur et un film pour grand public, sans jamais frôler la vulgarité et en donnant à la moindre banalité une poésie indicible »

Claude Mercier, dans le « Guide des films » : « Marie, magnifiquement interprétée par Bernadette Lafont, tire .les ficelles de marionnettes qui représentent un ordre social hypocrite, à la belle fille libre et à morale s’opposent les caricatures d’un monde lâche, médiocre et pudibond. Une comédie jubilaire aux confins du surréalisme »

Analyse des films de 1969 : « Il s’agit d’une satire impitoyable de la population de tout un village. Réalisé par un cinéphile et une femme cultivée, le film évoque à la vois Stroheim, les sensualistes, Bunuel et Maupassant .Malgré ses défauts et ses outrances, il a un ton personnel »

Larousse, Dictionnaire des Films : « Porte – drapeau d’une révolte contre l’ordre établi et l’hypocrisie des conventions bourgeoises, Marie incarne un érotisme (audacieux alors) qui est le ferment d’une allègre anarchie. Les notables remarquablement croqués dans des seconds rôles bien choisis sont les bêtes noires de cette fable ironique et salubrement impertinente »

PS : Nelly Kaplan née en 1931 (ou 1936) à Buenos Aires de parents émigrés d’origine russe, quitte l’Argentine à la fin de ses études pour Paris où elle va consacrer toute sa vie au cinéma et à l’écriture. Documentaliste, on lui doit, entre autres films documentaires, le « Regard Picasso » en 1957, réalisatrice, scénariste « La fiancée du pirate » est sa première réalisation, écrivain, « Mémoires d’une liseuse de draps » sort en 1974, essayiste, elle écrira de nombreux essais sur le cinéma.

Elle travaillera pendant de longues années avec Claude Makoski, producteur, auteur et scénariste.

 

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 11:15

Miracle à Milan

Miracle à Milan (d'après le blog de Paul)

Miracle à Milan (Miracolo a Milano), 1951, Grand prix à Cannes la même année (La Palme d’or n’existait pas de l’époque) est un film de Vittorio de Sica d’après un roman de Cesare Zavattini, Totò il buono de 1943. De Sica, comme réalisateur, et Zavattini, comme scénariste, ont réalisé ensemble plus de vingt films et font partie du néo-réalisme dont l’histoire s’étend de 1943 à 1955.

Miracle à Milan

Pour Cesare Zavattini, un de ses théoriciens, le néoréalisme veut faire reconnaître l’existence et la peine des hommes, dans leur dure réalité, afin de correspondre à l’appel qui est fait par les victimes de notre égoïsme, appel qui rend toujours plus urgent la demande de solidarité.

Parmi les films néoréalistes les plus célèbres, Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), 1945, de Roberto Rossellini, Sciuscià, 1946, de Vittorio de Sica, Païsa de Rossellini, 1946, Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette), 1947, de Vittorio de Sica, Caccia tragica (Chasse tragique), 1947, de Giuseppe De Santis, La Terra trema (La terre tremble), 1948, de Luchino Visconti.

Néoréaliste, Miracle à Milan veut montrer la peine des hommes…. victimes de notre égoïsme… et la nécessaire solidarité. Mais c’est aussi une fable, un conte (il était une fois...) et il ne faut pas chercher dans ce film la vraisemblance, il faut voir la réalité à travers la fable, le conte.

Par opposition aux films du temps de Mussolini, dits des téléphones blancs, les films néoréalistes étaient tournés dans la rue avec des acteurs non professionnels. Ici, les acteurs sont des professionnels qui ont, quelquefois, beaucoup joué au cinéma avant Miracle à Milan et le film a été tourné en studios.

Film inoubliable, vu pour la première fois, il y a 50 ans en ciné-club. Seul souvenir précis, René Nelli avait fait remarquer que, dans la dernière scène, les « zonards » s’envolent sur les balais suivant l’axe de la cathédrale de Milan et donc vers l’est. Vers Jérusalem ? C’était un film chrétien. Vers Moscou ? C’était un film communiste…

C’est plus probablement un film chrétien, on pourrait même dire franciscain. Bien qu’on ne voie dans le film, à part la cathédrale finale, aucun prêtre, aucun signe religieux, en réalité un signe de croix non significatif. Seulement des anges (?), plutôt défenseurs de la loi et l’ordre : ils respectent même les indications de l’agent qui règle la circulation !

Miracle à Milan

Au contraire, Totò, est bon, naïf, de bonne foi, toujours en compréhension, en confiance, avec les gens qu’il rencontre, riches ou pauvres. Il pousse par l’exemple à l’organisation des pauvres, à la solidarité. Il met les pouvoirs que lui confère la colombe donnée par sa mère, Lolotta, au service de la résistance non-violente ou presque de ses compagnons et exauce leurs vœux personnels...

Il fait preuve d’empathie avec les enfants, avec les cabossés de la vie… Totò ne juge pas ou rarement. Il a même une certaine référence naïve devant les riches à la sortie de l’opéra où il est le seul à applaudir, devant le couple bourgeois et hautain qui est obligé de venir se réfugier dans le bidonville où ils montrent qu’ils savent encore exploiter la jeune servante et la naïveté des gens…

Le film est découpé en plusieurs épisodes, la jeunesse de Totò, rapidement décrite, la reconstruction du bidonville dans la solidarité, la lutte plus ou moins animée contre le propriétaire du terrain et ses troupes, la satisfaction des désirs des gens de la zone, la défaite et l’envol final de tous les compagnons.

La liaison, entre ces épisodes et entre les scènes, est souvent faite de raccourcis rapides, menés en douceur par fondu-enchaîné et annoncés ou accompagnés sur la bande sonore par le sifflet du train, des paroles, des cris, de la musique.
Par exemple, deux médecins, en noir, dignes de Molière, encadrent Lolotta, dans son lit blanc, et prennent son pouls. On les entend encore compter alors que, par un fondu-enchaîné, Totò prend place, seul derrière le corbillard de sa mère.

Ces deux médecins en noir annoncent l’entrée du petit Totò, sept-huit ans, à l’orphelinat, minuscule entre deux hommes habillés en noir. Qui ressort immédiatement, âgé de 18 ans, encadré par deux hommes qui lui serrent la main et le laissent partir, seul avec une petite sacoche. A l’entrée comme à la sortie, on voit au fond, le porche de l’orphelinat avec les mêmes pensionnaires, faisant la même gymnastique.

La seule personne rejetée par tous, y compris par Totò, c’est Rappi, joué par Paolo Stoppa, égoïste, méprisant, traître... que Totò ridiculise comme il ridiculise l’armée, la police... Il le chasse de la zone poursuivi par une flopée de hauts de forme…

Dans ce film sur la misère, les occasions de rire ne manquent pas : les deux médecins en noir, ridicules, prenant le pouls de Lolotta ; dans l’antre du capitaliste, un homme suspendu, dehors, à la fenêtre, donne le temps qu’il fait pour que le patron mette un foulard autour du cou ; dans la baraque des bourgeois du bidonville, l’enfant est attaché au bout du cordon de la sonnette et crie qu’il y a quelqu’un quand il est secoué ; rencontre des deux capitalistes au moment du marchandage pour le rachat du terrain sur lequel est le bidonville, la négociation est faite de propositions contradictoires et ils finissent par aboyer sous les regards des zonards qui font la même chose ; la jeune servante qui pour récompenser Totò de l’avoir soutenue face à sa patronne en disant qu’il aime être arrosé, lui verse à nouveau un seau d’eau sur la tête ; le marchand de ballons un peu trop léger, à qui Totò donne un sandwich tandis qu’on met des pierres dans ses poches pour qu’il ne s’envole pas…

Mais c’est surtout quand il est pourvu de pouvoirs exceptionnels par la colombe que Totò organise la résistance pacifique de la zone face aux militaires, en les ridiculisant, sans violence : les gaz lacrymogènes repoussés par les zonards qui soufflent, les ordres d’assaut donnés sur un air d’opéra, les parapluies face aux lances à eau qui se tarissent rapidement, le terrain qui devient une piste de patinage sous les pieds des policiers…

Quand Totò utilise son pouvoir pour répondre aux désirs de ses compagnons, les résultats sont cruels. Dans la zone, c’est souvent chacun pour soi. Aucune demande de solidarité, quelquefois demandes de concurrence, de surenchère : avoir un million de millions de millions... plus un ajoute celui qui veut avoir le dernier mot. Beaucoup ont un rêve personnel : une machine à coudre, une armoire qui n’entre pas dans la cabane, une valise (demandée par le voleur pour remplacer la sacoche volée à Totò), une fourrure comme le traître et les riches, et tout le monde en veut une, des habits encore plus beaux pour être encore plus bourgeois prétentieux. Totò leur donne satisfaction même s’il hésite à donner vie à la femme-statue... Il donne à l’homme qui ne mesure qu’un mètre vingt, par tatonnement, la taille qu’il désire et répond au désir du Noir qui, par amour, veut devenir blanc et à la jeune femme banche qui, par amour, veut devenir noire… Impossible rencontre…

Par deux fois, Totò utilise ses pouvoirs pour son seul bénéfice personnel dans l’oubli des autres... Et, à chaque fois, les anges lui reprennent la colombe.

Finalement, Lolotta rapporte la colombe et l’amour change de mains, de Lolotta à Edvige, de la mère à la jeune servante, et les zonards arrivés sur la place du Duomo, s’emparent des balais des employés qui nettoient la place, les abandonnent, ce n’est pas la Révolution, et s’envolent pour un pays où Bonjour, veut dire bonjour.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 20:27

CERCLE DES CHAMAILLEURS Mardi 15 mars 2016 "Histoire de l’immigration en France" Présentation par Olga : On ne parle pas d’immigration en France avant le milieu du XIXème siècle, même si le territoire correspondant à l’actuelle France a toujours accueilli de nombreuses migrations, notamment celtiques (IIIème siècle avant JC) et germaniques (IIIème au Vème siècle). Il n’y eut pas de mouvement migratoire significatif entre les années 650 et 1850, malgré quelques peuplements bretons en Armorique (IVème et Vème siècle) et anglo-scandinaves en Normandie (IXème et Xème siècle ). C’est à la moitié du second empire, au milieu du XIXème siècle, que l’on fait appel à la main d’œuvre étrangère pour nourrir la révolution industrielle. Période suivie par d’importants mouvements de rejet des étrangers. Depuis, le cycle se répète, aux phases d’expansion économique, de besoin de main d’oeuvre et d’ouverture des frontières succèdent des périodes de récession marquées par le retour de la xénophobie et le contrôle des étrangers. L’histoire de l’immigration en France se caractérise par trois vagues d’immigration successives : - La première vague caractérisée par l’afflux de main d’œuvre lors de la révolution industrielle (1830/1850 à la première guerre mondiale), - La deuxième vague caractérisée par le besoin de main d’œuvre pour reconstruire la France après la première guerre mondiale (1817 à 1940), - La troisième vague caractérisée par l’arrivée d’immigrants pour la reconstruction de la France après la deuxième guerre mondiale (1945 à la fin du XXème siècle) Le dernier tiers du XXème siècle se caractérise par l’arrivée de migrants du sud de la Méditerranée fuyant la faim, la guerre et la répression, plus récemment les guerres touchant le Moyen Orient font que des populations entières viennent frapper aux portes de l’Europe.  Première vague d’immigration : l’immigration comme réponse au manque de main d’œuvre. À partir du XIXème siècle, la France devient progressivement un pays d’immigration. A l’évolution des technologies : véhicules à pétrole, électricité, énergie hydraulique, locomotion à vapeur, s’ajoute une très importante intensification des extractions de matières premières. L’extraction de la houille passe de 4,9 millions de tonnes en 1852 à 20 millions en 1880, la production d’acier, de 13 000 tonnes en 1847 à 917 000 tonnes en 1896, on construit des canaux, des ponts, des tunnels, des viaducs, de grandes usines sont érigées. D’autre part, de 1850 à 1900, alors que le reste de l’Europe triple sa population, celle de la France n’augmente plus. Le besoin en effectif ouvrier s’accroît rapidement, les artisans sont en voie de disparition, les milieux ruraux sont mobilisés, ainsi que les femmes et les enfants à partir de huit ans. Besoin de main d’œuvre, faible natalité, sont donc les principales explications du flux migratoire à la moitié du XIXème siècle, partout on manque de bras, à la campagne comme à la ville. Les pays voisins sont les principaux fournisseurs de main d’œuvre : Grande Bretagne, Italie, Espagne, Belgique, Suisse, Pologne pour le recrutement de mineurs dans le Nord. Si au début de la moitié du siècle les belges représentent la plus grande part des immigrés (ils sont un demi million en 1880), ils sont vite dépassés par les italiens qui au tournant du siècle deviennent le premier groupe d’immigrants en France, ils représentent à cette date 36% de la population immigrée et 1% de la population totale. Composée d’ingénieurs et de techniciens, l’immigration anglaise s’impose jusqu’à la fin du siècle. Environ 80 000 techniciens déjà formés permettent à la France de lancer son industrie métallurgique et de construire ses premiers chemins de fer. Dès le XIXème siècle l’immigration venant des colonies (dont on fait des sujets français) commence également. Les immigrés d’Afrique du Nord sont une centaine en 1895. C’est avec la première guerre mondiale que se déclenchera véritablement l’immigration maghrébine. Pendant cette période, la France joue le rôle de pays refuge pour les opprimés d’Europe, juifs persécutés, émigrants de l’Empire russe : la politique de russification de l’Empire russe à partir de 1881 fragilise la population juive de plus en plus soumise à la violence des pogroms. Elle contraint ces hommes et ces femmes à fuir le pays, en Amérique, mais aussi en France. A la veille de la première guerre mondiale, on en dénombre 20 000 à Paris. L’augmentation du nombre d’immigrés ne va pas sans s’accompagner d’élans nationalistes : affaire Dreyfus, développement de ligues d’extrême droite (telles la ligue de la Patrie française ou la ligne des patriotes), de l’antisémitisme et de la xénophobie : deux épisodes tragiques ont lieu à Marseille et à Aiguës mortes contre des italiens, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés. Entrée libre, séjour contrôlé : tout au long du XIXème siècle le développement des États nations et l’installation de la République conduisent à distinguer juridiquement français et étrangers. Petit à petit le contrôle des étrangers se met en place sur le territoire mais l’entrée reste libre. Jusqu’en 1917, une simple déclaration à la mairie de résidence suffit aux étrangers pour s’établir en France et y exercer sa profession.  Deuxième vague d’immigration : la reconstruction de la France après a première guerre mondiale. La deuxième vague d’immigration se situe entre la fin de la première guerre mondiale et la veille de la seconde. La population active est durement frappée. Sur les 8 millions d’hommes mobilisés, 1,4 millions sont morts, 3 millions sont blessés et parmi eux on dénombre 1 million d’invalides. L’effort de reconstruction est important et comme par le passé, l’immigration est une solution. Pendant la guerre, l’Etat a mobilisé ses troupes coloniales. Six cent mille hommes sont venus des colonies pour combattre pour la France et travailler à l’arrière, tirailleurs sénégalais, 1/3 des algériens de 20 à 40 ans, indochinois, chinois … C’est après la guerre que l’Etat va prendre en charge cette migration qui se développera particulièrement pendant l’entre deux guerres. Pour encadrer cette population jugée potentiellement dangereuse, est créé au sein de la Préfecture de Paris, le Service des Affaires indigènes et nord – africaines (1925). Ce service, composé par d’anciens fonctionnaires de l’administration des affaires coloniales, a pour mission de contrôler les conditions sanitaires d’accueil des immigrants. Il est chargé d’installer des foyers pour les travailleurs migrants. De son côté le secrétariat général du culte musulman créé la régie des foyers nord – africains. L’Etat français finance la construction de la Mosquée de Paris, inaugurée en 1926 et met en place les structures de base de prise en charge sanitaire en créant l’hôpital Avicenne (hôpital franco musulman) à Bobigny. L’hôpital est sous la responsabilité du service de surveillance et de protection des indigènes et nord – africains et dirigé par la Préfecture de Police de Paris. Une partie de l’immigration pendant cette période est également composée de réfugiés politiques, Russes, Italiens, Arméniens, Allemands, Espagnols. A la population italienne déjà présente en France, vient s’ajouter une deuxième vague d’émigration. A une dominante d’exilés du monde paysan, peu politisés viennent s’ajouter les exilés politiques antifascistes. La convention d’immigration signée en 1920 avec Rome permet le recrutement d’ouvriers munis de contrats de travail, initialement d’une durée d’un an. En 1931, le recensement de la population dénombre plus de 800 000 italiens en France. La convention franco – polonaise de septembre 1919 organise le recrutement d’ouvriers polonais, la main d’œuvre est répartie en fonction des besoins des employeurs. Le recensement de 1931 dénombre 500 000 polonais en France. Après le génocide des Arméniens perpétré par l’Empire Ottoman, un certain nombre de rescapés, hommes, femmes, enfants, arrivent en France en tant que réfugiés politiques, le recensement de 1931 dénombre 36 000 arméniens répartis dans l’ensemble du territoire. La guerre civile en Espagne provoque le départ de plusieurs vagues de réfugiés vers la France. La première a lieu en 1937 lors de la conquête du Pays Basque par les troupes du Général Franco, la dernière en janvier/février 1939 après la chute de Barcelone. Un exode sans précédent voit un demi-million de personnes franchir les frontières des Pyrénées. On dénombre en 1931, 2 890 000 étrangers, soit 5,9% de la population. Près d’un million d’être eux seront naturalisés entre 1921 et 1939. La période s’accompagne de dispositions visant à contrôler la population étrangère : 1917 : création d’une carte de séjour 1924 : création de la Société Générale d’immigration (SGI), constituée par les organismes patronaux spécialisés. La SGI recrute dans les pays étrangers et achemine les travailleurs directement dans les entreprises demandeuses, parfois par groupes de 800 à 1000 personnes. 1925 : création du Service des Affaires Indigènes et Nord – Africaines 1927 : vote d’une loi autorisant l’extradition des étrangers En 1931, la crise internationale frappe la France et des dispositions sont prises pour ralentir l’entrée des travailleurs étrangers. Entre 1930 et 1936, on renvoie 500 000 étrangers dans leur pays. Le 10 août 1932 : une loi accorde la priorité à l’ouvrier français dans l industrie en instaurant des quotas d’ouvriers étrangers dans l’entreprise,. En Avril 1933, la loi Ambruster limite l’exercice de la médecine au titulaire français d’un doctorat de médecine. En 1934, une aide au rapatriement des ouvriers volontaires est instaurée. En Juin 1934, les avocats, fortement présents au gouvernement font voter une loi interdisant aux français naturalisés l’inscription au barreau pendant une période de 10 ans. En 1935, des retours forcés sont organisés qui concernent plus particulièrement les ressortissants polonais. En 1936, le premier gouvernement du Front Populaire représente un intermède libéral plus par l’interprétation des textes précédemment votés et par la façon de les interpréter et de les mettre en œuvre que par l’adoption d’une législation nouvelle. Entre 1937 et 1939, des mesures restrictives et libérales vont se conjuguer. Les naturalisations sont favorisées à l’approche de la guerre En 1940, sous Vichy s’élabore une politique à l’égard des étrangers. Après la loi sur le statut de la population juive, mettant les juifs au ban de la société, la loi du 4 août 1940 sur « les ressortissants étrangers de race juive » permet d’interner ceux-ci dans des camps par décision du Préfet de Police de résidence. La loi du 27 septembre 1940 concernant les autres étrangers non juifs règle le sort des étrangers en surnombre dans l’économie nationale. L’étranger est soumis à une surveillance étroite, n’a plus le droit de libre circulation, ne bénéficie pas de la législation du travail.  Troisième vague d’immigration : la reconstruction après la deuxième guerre mondiale « les trente glorieuses », la crise due au choc pétrolier de 1973, le flux des demandeurs d’asile de l’Afrique sub-saharienne. La reconstruction après la deuxième guerre mondiale, les « trente glorieuses » : A l’issue de la guerre, le pays est ravagé, près de 600 000 français sont morts, militaires et civils. 9000 ponts, 115 gares, 91 000 usines, 550 000 maisons sont à reconstruire. Le recrutement en main d’œuvre étrangère s’accentue, on estime à 1,5 millions le besoin d’ouvriers. L’époque voit un large recours à la régulation des étrangers arrivés dans le pays, encadrée par l’ONI, Office National de l’immigration. Des cartes de séjours sont créées, d’une durée de 1, 3 et 10 ans. L’immigration des familles est favorisée dans une optique démographique. Au milieu de années 1950, d’Etat met en place des foyers de migrants pour héberger la main d’œuvre tout en la tenant à l’écart de la population alléguant le caractère difficile (et non souhaitable) des migrant destinés à retourner dans leur pays. La SONACOTRA est créée en 1956, son premier foyer est inauguré à Argenteuil en 1959. L’immigration va s’accélérer avec l’entrée en vigueur en 1958 du traité de Rome instaurant le principe de la libre circulation. Les années 1960 voient se diversifier les sources de recrutement, déclin progressif de l immigration italienne au profit des espagnols grâce à l’accord franco espagnol de 1961, explosion de l’immigration portugaise (accord franco portugais de 1963), reprise importante de l’immigration marocaine (accord franco marocain de 1963), développement de l immigration tunisienne, développement très marqué de l’immigration algérienne, début de l’immigration sub-saharienne. En 1962, est mis en place un dispositif d’accueil des Harkis dans des camps de transit. De 1962 à 1969, quelques 42 500 personnes ont transité dans ces camps, un provisoire qui durera 20 ans («en 1964, les Préfets ont pour ordre de privilégier l’hébergement des rapatriés pied noirs) En 1968, on compte : - 620 000 espagnols (105 000 en 1911) - 590 000 italiens (290 000 en 1891) - 470 000 algériens (4 à 5000 en 1911) - 300 000 portugais, - 130 000 polonais, - 90 000 marocains, - 67 000 belges (30 000 maghrébins en 1911) - 60 000 Tunisiens, - 50 000 yougoslaves La crise due au premier choc pétrolier de 1973 : Ayant favorisé l’immigration pendant les « 30 glorieuses » afin de satisfaire aux besoins de l’économie française, la crise économique des années 70 pousse d’Etat à mettre en place un contrôle des flux migratoires. Les circulaires Marcellin/Fontaine de 1972 lient l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un permis de travail et limitent les régularisations. Celles-ci plongent plus de 80% des émigrés dans l’illégalité. En protestation de nombreuses grèves de la faim ont lieu, Georges Gorse, Ministre du Travail du Gouvernement Messmer effectue la régularisation, par le biais d’une circulaire, de 35 000 travailleurs étrangers en situation irrégulière. Après la grève de la faim de SaÏd Bouziri et de sa femme, le jour où doit avoir lieu leur expulsion, a lieu une grande manifestation â laquelle se joignent des intellectuels (J.P.Sartre, M. Foucault), des syndicalistes (CFDT), des chrétiens, des membres de la gauche prolétarienne, en tout 2000 personnes manifestent. Fin novembre 1972 est créé le Comité de Défense de la vie et des Droits des Immigrés (CVDTI) L’exil des boat People commence en 1975. De 1975 à 1985, 110 000 réfugiés du sud est asiatique sont accueillis en France. La crise économique va entraîner une nouvelle flambée de racisme. Des ratonnades à Marseille font 5 morts. Le rejet du travailleur étranger puis du musulman devient un discours récurrent porté par le Front National. Les années 1980/2000 : l’immigration devient un sujet politique Les problèmes politiques et économiques, la violence des guerres civiles qui affectent l’Afrique sub – saharienne dans les années 1980/1990 provoquent depuis ce continent un flux important de demandeurs d’asile (mais depuis 1970 il n’y à plus eu de vague d’immigration massive, le pourcentage d’immigrés en France reste le même). L’alternance des gouvernements va modifier les conditions d’accueil et de séjour des étrangers, depuis l’ouverture du programme commun de la gauche en 1981, jusqu’aux restrictions des différentes alternances de la droite au pouvoir. En 1981, le Gouvernement de F. Mittérand procède à une régularisation massive des étrangers en situation irrégulière, assouplit les conditions de séjour des immigrés et supprime la prime au départ (VGE en 1974). Le programme commun de la gauche prévoyait le droit de vote des étrangers mais il n’est finalement pas mis en œuvre. On instaure une carte de séjour unique et valable 10 ans (1984), dissociée du titre de travail. Dans le même temps, une aide est proposée aux travailleurs étrangers pour leur réinsertion dans leur pays d’origine. Création en 1982 de l’association des travailleurs maghrébins de France. Le FN remporté sa première ville, Dreux, en 1983. L’année suivante, « la marche pour l’égalité » (marche des Beurs) revendique l’égalité des droits pour les enfants d’immigrés porteurs de la nationalité française. Lors du changement de gouvernement en 1986, Charles Pasqua fait adopter par le Gouvernement la loi du 9 septembre 1986 relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France, restreint l’accès à la carte de résident et facilite l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, le 8 octobre, l’expulsion de 101 maliens déclenche une vague de protestation. 1989 voit un adoucissement de la loi Pasqua et la création du Haut Conseil à l’Intégration. Nette régression dans les années 2000 des conditions d’accueil des immigrés, pour y faire face est créé en 2004 le Réseau École Sans Frontières. Une loi en 2006, relative à l’immigration et à l’Intégration réglementé le regroupement familial il et définit des professions « autorisées ». L’immigration, depuis les années 2000 est de plus en plus traitée au niveau de l’Union Européenne qui adopte en 2003 une directive au niveau du regroupement familial et tente d harmoniser les politiques d’immigration des pays membres. Des normes minimales pour l’accueil des demandeurs d’asile sont fixées, tout en laissant à chaque pays membre une large marge de manœuvre. En France Le discours anti-immigration du F.N. rencontre de plus en plus d’écho dans la société et fait de la répression de l’immigration un de leur principal argument électoral. Quelques chiffres pour « dégonfler les fantasmes » (Insee)* La France compte en 2014, 5,9 millions d’immigrés, soit 8,9 % de la population. En 2013, le solde migratoire est de 33 000 personnes (Écart entre entrants et sortants) . Il était de 112 000 personnes en 2006. 235 000 personnes ont immigré en 2013, 193 000 en 2006, mais les départs ont augmenté passant de 29 000 à 95 000 pour la même période. Départs qui s’expliquent par la mobilité professionnelle à l’intérieur de l’Europe, le départ dans leur pays d’origine des étudiants ayant terminé leurs études et des retraités. *ces chiffres concernent les personnes nées étrangères à l’étranger, ce qui inclut les personnes naturalisées françaises. Compte-rendu de la discussion (Anne) : aprés l'exposé: Histoire de l'immigration en France (sujet traité par Olga le 15 mars 2016): La première remarque porte sur le fait que les premiers immigrés ont été des paysans. Ils ont abandonné l'agriculture pour l'industrie. C'est la première migration interne. En ce qui concerne les travailleurs venus de l'étranger : Les Italiens,arrivés depuis plus de 100 ans ,ont été les immigrés les plus nombreux jusqu'en 1968. Ils ont suscité beaucoup de rejet : en dehors de l'histoire d'Aigues-Mortes il semble qu'ils étaient rejetés dans tout le midi et en particulier à Marseille. Un film de Jean Renoir : "Toni" (1935) parle de cette époque. Avant l'immigration de masse, des techniciens anglais sont arrivés en France ; on donne le chiffre de 80 000, mais ils étaient formés et on n'en parlait pas (aucun point commun avec l'immigration précédente). L'immigration asiatique a été aussi parmi les plus importantes. Dans la discussion on aborde aussi l'histoire de la " Marche contre le racisme et pour l'égalité" et de son aboutissement à la carte de 10 ans. Autre discussion : on fait souvent partir la crise et la fin des 30 glorieuses du "choc pétrolier". En réalité le premier signe évident de la crise est la décision prise par Nixon, le 15 août 1971 ,de mettre fin à la convertibilité du dollar en or, probablement à cause du coût de la guerre du Vietnam. La hausse du pétrole intervient plus tard en octobre 1973 (le 20/10, le roi Fayçal décide d'un embargo total sur les livraisons destinées aux États-Unis.Le prix du baril sur le marché libre passe de 3 à 18 dollars en quelques semaines). En fin de discussion on revient aussi sur un terme très employé pour "expliquer" le rejet de certaines immigrations : la culture judéo-chrétienne, l'expression apparaît au 19° siècle et sera particulièrement utilisée en politique à partir des années 50, à la suite de la Shoah et de la volonté de rapprochement de l'église avec les juifs. La civilisation judéo-chrétienne a tendance à remplacer la filiation gréco-romaine inculquée en histoire et plus laïque : l'Orient, la Grèce et Rome de nos livre d'histoire. Aujourd'hui, les expressions culture ou civilisation judéo-chrétiennes sont même reprises par des écoles de pensée qui étaient anti-sémites ; elles l'utilisent pour l'opposer à l'islam. La réunion se termine sur ce point.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 20:07
CERCLE DES CHAMAILLEURS 12 JANVIER 2016 "COP21, succès ou illusion ?" D’après la presse des premiers jours Les sources d’informations sur les résultats de la COP21 ont été tirées, selon chacun(e) des chamailleurs, de la presse écrite ou de la presse en ligne. Nous nous étions répartis l’analyse de quelques journaux de la presse allemande, anglo-saxonne, espagnole, française et italienne, principalement ceux parus le lundi 14 décembre 2015 mais aussi en partie les jours suivants. Pour rappel : la COP21 s’est achevée le samedi 12 décembre. Dans l’accord final, nous avons essayé d’identifier, à travers les commentaires de la presse, d’une part les points pouvant être considérés comme positifs et d’autre part les points négatifs de type insuffisances, limites ou absence totale ou partielle d’éléments considérés comme essentiels. Parmi les points « positifs » : - Il s’agit d’un évènement qui peut être considéré comme « historique » dans la mesure où c’est la première fois que tous les pays ont approuvé un accord sur le climat et où la lutte contre le réchauffement climatique apparaît comme le problème n°1 sur le plan international. Il s’agit donc d’un accord universel. - Les pays du Nord ont admis être responsable de la situation actuelle et se sont engagés, à partir de 2020, à une contribution financière « plancher » de 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à faire face aux effets/conséquences du réchauffement climatique, somme qui doit être ensuite réajustée tous les 5 ans. Toutefois, cette mesure a été retirée de l’accord lui-même et a été placée en annexe pour éviter le rejet par le Sénat américain. - L’objectif de l’accord est de maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale « bien en dessous de 2°C » par rapport aux niveaux de la période préindustrielle et de poursuivre les efforts pour limiter cette augmentation à 1,5°C, ceci principalement par rapport aux risques encourus par les îles-Etats. - Des investisseurs se sont engagés à désinvestir leurs fonds des entreprises pétrolières, gazières ou charbonnières. - L’accord envisage la mise en place d’un système de surveillance/contrôle de la réelle mise en application des promesses faites par les différents pays. - L’accord fixe une feuille de route vers une économie décarbonée. - Plusieurs journaux parlent d’un accord contraignant alors que d’autres, ou les mêmes, estiment qu’il s’agit d’une contrainte plus politique que juridique. A côté des éléments figurant dans l’accord et pouvant être considérés comme positifs, plusieurs journaux relèvent l’évolution des mentalités et la prise de conscience non seulement des Chefs d’Etat et de Gouvernement présents à la Conférence mais aussi de nombreux chefs d’Entreprises, comme cela ressort de leurs déclarations à l’issue de la Conférence. Plusieurs ont fait le serment de transformer leurs promesses en action. Pour le responsable de la Commission Energie de l’U.E. : « Aujourd’hui nous célébrons » notre accord, « demain, nous devons agir ». Par ailleurs, la diplomatie française est ressortie gagnante et a été créditée pour une grande part du succès obtenu, en particulier grâce au rôle-clé joué par Laurent Fabius mais aussi par Laurence Tubiana aussi bien dans la préparation que dans le déroulement de la Conférence. Plusieurs journaux soulignent que les climatosceptiques ont été « inaudibles » et s’interrogent pour savoir si ceci est dû à la volonté délibérée des responsables et des journalistes ou bien à l’élan particulièrement porteur et optimiste qui a caractérisé la COP21. Parmi les points négatifs/critiques/limites : - La somme des engagements actuels des Etats met l’atmosphère terrestre sur la voie d’un réchauffement de 3°C. - Pour la Confédération Paysanne et Attac, le texte de l’accord ne prend pas en compte les émissions du transport maritime ou du secteur aérien (soit environ 10 % des émissions mondiales) et il n’y a aucune référence à l’abandon des ressources fossiles et très peu aux énergies renouvelables. - Les pays riches refusent de devoir indemniser financièrement les pays pauvres pour les préjudices d’origine climatique qu’ils subissent. - Pour entrer en vigueur en 2020, l’accord devra avoir fait l’objet d’une ratification, acceptation, approbation ou adhésion, à partir du 22 avril 2016 et jusqu’au 21 avril 2017, par « au moins 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales ». - Autre oublié du texte : le commerce mondial. Le libre-échange reste sacro-saint, aussi bien pour les pays du Sud que pour les pays du Nord. - Enfin, la plupart des journaux soulignent qu’aucun plan/programme précis, permettant d’atteindre les objectifs fixés, ne figure dans l’accord. Autres remarques/constatations : - On note l’évolution rapide du ton des journaux analysés dans les jours qui ont suivi la Conférence : alors que, le lendemain, la presse dans son ensemble ou presque est positive voire dithyrambique, dès les jours suivants les mêmes journaux mettent l’accent sur les insuffisances, les limites et la fragilité de l’accord. - Un journal français considéré comme populaire comme Le Parisien, a bien couvert la COP21, aussi bien dans la phase préparatoire que pour rendre compte de ses résultats. - L’International New York Times est un des rares journaux à souligner le rôle joué par le réchauffement climatique, dans les migrations. Il souligne également le rôle joué par Obama dans le succès de la Conférence. Le Président américain estime avoir transformé les Etats Unis en leader de la lutte contre le réchauffement climatique. - Les journaux anglo-saxons, dans les jours qui ont suivi la Conférence, semblent avoir plus insisté sur les conditions à remplir pour la réussite et la mise en application des promesses que sur les points positifs ou négatifs à proprement parler. Ils insistent également sur les différences d’interprétation des termes de l’accord entre les responsables politiques, les industriels concernés ou les ONG.
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